Après le week-end déplorable, il est légitime de s'engouffrer dans la première journée annoncée potable pour le vol...
C'est sans compter sur cette humidité prégnante qui rode sur nos Alpes. N'ayant qu'une demi-journée à consacrer à la montagne, et devant les mauvaises prédictions météo d'hier, j'opte pour du proche et du connu.... En avant pour le sommet rabâché du Grand Som. Pour varier je monte par le sentier confidentiel des chasseurs. Le nombre impressionnant de champignons de toutes tailles et de toutes les couleurs tend à me faire penser qu'il n'est pas utilisé par les chasseurs non plus....
Le terrain est gras et la glissade sous-jacente, il convient de redoubler de prudence, il ne s'agirait pas de cruchir le pantalon noir de disgracieuses taches de terre. Les maigres coins de ciel bleu disparaissent rapidement, je suis bientôt dans le brouillard.... c'est pas bon ça. Ça sent la sortie butogène. Prétextant une remise en forme, je continue la progression. Comme dirait Aldo l'Apache:
- Tu sais comment on arrive sur la scène du Carnegie Hall ?
- On s’entraîne !
Heureusement le passage au dessus de la mer de nuage est toujours un moment magique qui fait oublier toutes les peines endurées dans la poisse. Cependant en arrivant au sommet force est de constater la taille quasiment infinie de la mer de nuage, du nord au sud et de l'est à l'ouest, le regard ne porte que sur une étendue rayonnante et immaculée... Je me donne une heure d'attente avant de plier mes gaules. La perspective de descendre le Racapé les souliers couverts de boues ne m'enchante pas plus que cela.... il ne s'agirait pas de garnir les flancs de la montagne d'une nouvelle plaque commémorative sombre et déprimante.
Durant la première demie-heure, si l'on excepte le doux ressac des nuages, la mer blanche ne bouge pas, elle luit désespérément. Et puis au loin au nord un creux sombre s'est formé contre toute attente. Je n'en crois pas mes yeux, la mer s'ouvre.... Ai-je les pouvoirs de Moïse ? Ça m’étonnerai ! Alors je cours au nord pour installer la voile. Évidemment je décolle à la première fenêtre à peu près potable.... il me faut néanmoins traverser quelques masses cotonneuses. Vol tranquille si l'on excepte une erreur de direction suite à une furtive apparition d'un village que je croyais Saint Philibert et qui ne l'est finalement pas du tout... Je voulais poser dans le champ de
Madone mais j'ai craint au dernier moment de me faire encorner par la reine indomptable, redirection donc pour me poser dans un grand champ peuplé de placides normandes. Le ciel est maintenant beaucoup plus clément, ce n'était pas la peine de se presser...
Le retour à Saint Pierre de Chartreuse en stop est une vraie galère, y a pas un chat et les rares voitures qui passent ne daignent pas s’arrêter. J'en aurai plus fait à pied en trottinant qu'en voiture... 1H30 pour 7km de goudron... je vais être en retard au boulot ! Pourtant une fois revenu à ma bagnole, en rentrant j'ai pris soin de charger tous les stoppeurs sur le bord de la route, trois personnes en tout ! Je leur fais écouter un concerto pour piano de Mozart dont la douceur tranche singulièrement avec ma conduite.... je veux être à l'heure à mon poste ! Et j'y parviendrai en supprimant le repas (dommage).