C'est le dernier jour du séjour de nos amis pyrénéens venus expressément faire le Grand Som en parapente, mais les conditions ne sont toujours pas optimales. Est-ce une raison suffisante pour ne pas tenter le coup ?
Nous voilà partis à la première heure en espérant pouvoir décoller du sommet avant l'arrivée de la perturbation annoncée pour midi. Nous marchons d'un bon pas sur les vingt-six lacets menant au col des Aures avant de franchir le terrible Racapé, toujours aussi escarpé. Là-haut nous ne trainons pas, le plafond nuageux de haute altitude descend rapidement, déjà le Mont-Blanc et Belledonne ont disparu dans la brume.
Le monastère blotti dans son tapis de verdure est toujours là, comme si le monde tournait bruyamment autour sans que cela ne trouble la quiétude des lieux. D'ailleurs la sérénité mystique de l'édifice sacré semble rayonner jusqu'à nous. Pas un brin d'air ne vient perturber l'ambiance, la croix métallique étend ses bras au delà du ciel couvert. Ce ne sont pas les courants thermiques qui viendront jouer les trouble-fêtes, alors nous filons installer nos voiles sur la grande prairie encore rase de l'hiver. Un dernier névé coincé dans une doline apporte une touche de froid au paysage. Persuadés de pouvoir voler, nous rions des conditions pas si mauvaises même s'il ne faut jamais vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué.
Nous préparons nos ailes et Jean-Pierre est rapidement prêt au décollage. Le vent, qui était encore de face il y a quelques instants, est devenu nul. Un envol dos voile est chaudement recommandé, il prend son élan et décolle après une longue course dans l'air immobile. Le temps que nous terminions notre installation, une vilaine brise trois-quarts arrière nous empêche toute tentative de vol ! Nous sommes bloqués au sommet sans plus pouvoir rentrer par les airs, il n'y a rien de plus frustrant. Au bout de longues minutes il faut se rendre à l'évidence, tenter le diable en courant comme des dératés afin de créer une composante de face totalement artificielle est une hérésie vouée à l'échec.
En étudiant calmement les éléments géographiques du sommet, une pente douce vers le nord, bien mieux exposée à la brise nord-ouest maintenant bien installée, serait une option raisonnable. Nous fermons le parapente comme des parapluies et migrons vers ce plan B. Après avoir réétaler les ailes, nous voilà prêts à un envol peu courant sur ce sommet. Eh bien cela a très bien fonctionné, après un gonflage vent de travers, Hélène corrige l'orientation de l'aile et court vers le ravin. Les vitesses sont élevées et demandent de l'adresse mais tout se passe pour le mieux. Il ne me reste plus qu'à faire pareil.
Le vol ne durera pas autant que les impôts, au bout de quelques minutes au demeurant fort agréables nous atteignons l'atterrissage de Saint-Hugues qui nous semblait très loin avec l'absence totale de portance habituellement présente sur ce versant oriental du Grand Som. Nous retrouvons Jean-Pierre qui commençait à se demander ce que nous fabriquions là-haut !
Cette semaine avec les Pyrénéens, malgré l'incertitude permanente du temps, fut une réussite en tout point. De beaux vols, de belles visites et de belles rencontres.