Récit
Ce n’est pas la durée d’un événement qui fait sa force, mais son intensité. Si le Sénépy n’est pas un sommet vraiment remarquable, le fait d’avoir pu décoller non loin du réservoir donne une saveur à cette sortie toute particulière. Durant la montée, je me suis trouvé bien téméraire de partir avec la voile vu :
1) la neige abondante dés 1200
2) le vent venant du nord (comme en témoigne la dérive des nuages)
3) les nuages nombreux à 1500
4) la force du vent, bien au delà de la brise calme annoncée par le BM
Mais peu importe, je n’ai jamais mis les pieds sur cette montagne alors tant pis si je dois redescendre à pied. La montée par le sud est méridionale avec cette végétation qui tranche singulièrement avec celle du versant nord. Les moutons ne sont pas encore montés, ce qui est tout à fait compréhensible étant donnée l'épaisse couverture de neige sur les prairies. Longtemps j’ai été à l’abri du vent mais une fois dans la neige et à la hauteur du col, la brise, accéléré par la Venturi, est devenu sensible. Sorti de nulle part un promeneur me devance, ce qui me permet de profiter de la trace. J’ai bien pensé décoller sous le col à la limite de la forêt, mais cette exposition sous le vent m’a parue trop aléatoire sans être passé par le sommet pour mesurer la force du nord.
Au sommet la vue est encore superbe quoique de plus en plus bouchée par les nuages tout autour. Comme il est encore tôt, je ne suis pas pressé, j’inspecte les autres possibilités mais aujourd’hui le vol ne sera possible que par le nord et le contournement par l’Est. Au bout d’une heure force est de constater que le vent n’est plus trop agressif, reste les nuages bien trop nombreux sur le plan de vol. Je prépare la voile en espérant l’éclaircie. L’objectif est "le Plan", une prairie située 400 mètres plus bas encore visible parmi les nuées. Mais les nuages sont indisciplinés, ils se massent devant moi. Patience.
15 minutes plus tard une fenêtre semble se dessiner, alors je décolle ne sachant pas encore si je vais à l’attéro de secours ou tout en bas. Finalement une fois en l’air dans le flux du vent de nord, j’entrevois les prairies près de la voiture entre deux grosses masses cotonneuses. Il ne m’en faut pas plus pour changer de cap et descendre doucettement jusqu’au village et sa ravissante petite chapelle romane.
Ce qui a donné tout le charme à ce vol c’est son hypothétique décollage. Une fois en bas, je savoure la joie d’avoir pu aligner tous les paramètres de sécurité, et de m’être engouffré dans la brèche. Un petit bémol cependant, les températures : -2 au départ de la balade, -4 au sommet et 6 petit degrés seulement au retour, je me suis pelé, et les mains et le visage face au vent. A l’arrivée je ne pouvais plus défaire la bouclerie de la sellette malgré la brièveté du vol.
Là-haut, avec un peu d’effort d’imagination on aurait pu entendre le hautbois mélancolique du berger, celui du début de l’acte 3 de Tristan….

Vol montagne