Récit
Partis ce matin sans conviction avec l'aile sur le dos, nous montons principalement pour une balade ensemble, d'ailleurs Jean-Pierre n'a pas pris sa voile. La montée est agréable après avoir bataillé un peu pour rejoindre l'itinéraire normal, c'est que le chalet ou nous logeons est à 800 m du sentier et il convient de grimper à travers une forêt dense et humide. Une fois sur le bon chemin, il ne reste plus qu'à enquiller les épingles et nous raconter les dernières anecdotes familiales respectives. Le ciel annoncé chaotique est limpide et tout bleu, les premiers rayons du soleil sont chauds, des tons orangés qui éclairent les tours de calcaires comme des flambeaux.
Au col de Teiech, une bonne brise de Sud fait craindre un fort vent au sommet. Nous poursuivons sans attendre à travers les pales avant d'en finir par la belle prairie sommitale. Comme nous sommes sous le vent du sommet, l'ambiance est calme, mais ce n'est qu'apparence, et comme prévu c'est une forte bise qui nous accueille au sommet. La vue est splendide dans un ciel toujours aussi claire. Les 3000 du Luchonnais, particulièrement enneigés, brillent au sud, alors que la grande plaine au nord est couverte de petits moutons blancs. Cette humidité devrait tourner à l'orage avant midi. Mais pour l'heure nous profitons du panorama.
Du sommet la question de décollage est évidente, cela ne décolle pas ni ici ni plus bas, les arbres montrent en effet des balancements inquiétants. Il s'agit donc de descendre. C'est en arrivant au col de Teiech que le doute me reprend, les arbres sont redevenus statiques. Ils sifflent certes mais les branches sont immobiles, seules les feuilles tournicotent dans la brise. Un petit détour vers le décollage sud s'impose. Après 10 mn d'hésitation la raison l'emporte, le vent apparemment plus calme est probablement du à une protection sous les grandes falaises réputées pour leurs difficultés en escalade, il faut renoncer au vol. C'est quand nous sommes passé au col que j'ai changé d'avis, en effet c'est tout aussi calme loin des parois. Vite, demi tour et en avant pour la préparation dans les hautes herbes et les tiges d'asphodèles desséchées.
Un peu tendu tout de même par les observations faites au sommet, je n'en mène pas large, le vol risque d'être turbulent. Hé bien non, le décollage s'est très bien passé et le vol jusque dans la vallée à été calme et heureux. Une fois atterri en bas, une petite voiture qui passait m'a remonté jusqu'à Garraux ou j'ai pu retrouver Jean-Pierre descendu en courant, c'est qu'il est affuté JP après plusieurs trails. Haut loin, les nuages en forme d'enclume annoncent la dégradation attendue et à 14h les premières gouttes se sont écrasées sur la terrasse du chalet.
