Pour réussir un séjour pyrénéen, il convient de faire le Pic du Gar en vol-rando, c'est un rituel immuable pour fêter notre union puisque c'est au pied de cette montagne que nous nous sommes vraiment connus. Seulement le Pic du Gar n'est pas toujours disposé à nous recevoir, d'ailleurs nous attendons la fenêtre de tir raisonnable depuis le début de notre séjour. Hélas elle ne vient pas toujours et cette fois encore on a bien failli être de le revue. Nous devions partir hier mais un ultime coup d'œil à la météo nous indique un créneau favorable ce matin. Jean-Pierre et Danielle nous offrant une hospitalité sans limite, nous restons une nuit de plus au Paradou de Montmajou et ce matin dès la première heure nous voici partis sur le petit sentier, Charles et Virginie se sont joints à nous. La petite bande que nous formons avance régulièrement de lacets en lacets entre les falaises d'une prodigieuse verticalité. N'étant pas en grande forme en ce moment, je ferme la marche de mon train de sénateur mais le groupe n'est jamais bien loin, ils sont gentils mes compagnons de rando !
Au col de Teiech, les indicateurs sont presque tous au vert, seuls des gros nuages d'humidité, dernières traces de l'orage d'hier soir, pourraient éventuellement prendre de l'extension sur les sommets, ce qui rendrait difficile le décollage. Nous terminons la somptueuse balade par la prairie, à l'ombre d'un énorme cumulus planqué sur l'autre versant du Pic du Gar. Quand nous arrivons entre les deux antécimes, là où l'on décolle, nous sommes cernés par des volutes blanches inquiétantes, néanmoins pas question de s'envoler sans avoir touché la croix, c'est la règle. Aussi laissons-nous nos sacs pour un rapide aller-retour au sommet, le temps d'admirer le paysage et de surveiller l' évolution des gigantesques cumulus autour de nous. "Ça devrait le faire" annonce Jean-Pierre, alors on dévale la courte pente sommitale et déplie sans plus tarder nos voiles face au faible vent du nord.
Manque de pot, le temps de se préparer, le nuage qui bouchait le versant sud s'est désagrégé, laissant le soleil déclencher des ascendances à l'opposé de notre installation... Cette contrariété ne semble pas du tout entamer la bonne humeur de Jean-Pierre qui propose tout simplement de nous déplacer de cent mètres du bon côté de la montagne. Nous voilà tous les cinq avec la voile en bouchon sur l'épaule pour trouver la bonne pente. Le décollage sud est beaucoup moins accueillant qu'au nord, néanmoins la bonne brise thermique va nous faciliter la tâche, bientôt cinq papillons colorés planent autour des splendides flammes de calcaire du Pic du Gar.
Le vol est carrément magnifique entre les masses cotonneuses, nous jouons à saute-mouton par-dessus les cumulus inoffensifs où apparaissent parfois des spectres de Broken (voir photo). Ici et là se déclenchent des ascendances que nous enroulons sans vergogne, surtout Charles au commande de son Arakair !
On se retrouve tous à Marignac, heureux d'avoir pu réaliser le rituel du Pic du Gar dans de si belles conditions, d'ailleurs Jean-Pierre, tellement ébloui par la beauté du site, en a perdu ses lunettes de soleil en vol !