Récit
Pic du Gar... 100ème
Samedi, en débarquant dans les Pyrénées c'est la déconfiture, le massif est en mode Pot de Chambre... Je m'explique : à l'instar de la plaine du Po – mais en moins vaste - , la plaine de la Garonne peut être le siège d'une humidité tenace. Venue de l’Atlantique, elle est bloquée par les montagnes sur le versant Français. Il fait un temps magnifique sur toute la France - y compris à Toulouse - et pourtant au niveau de Saint-Gaudens grosse déception, tous les sommets sont dans les nuages et ça peut durer longtemps ce genre de configuration... Comme nous sommes là pour faire la fête, ce n'est pas vraiment un problème, mais j'aimerais bien sortir la voile que je me traine sur le porte-bagage depuis trois jours !
Après une soirée mémorable dans ce chalet qui a vu naitre jadis une bien belle histoire, en allant me coucher l'espoir est revenu : la nuit est constellée d'étoiles, toutes plus brillantes les unes que les autres.... Peu de temps après le jour se lève dans un ciel lavé de toutes traces ! Alors comme des dizaines et des dizaines de fois, j'ai repris le petit sentier perdu dans les fougères qui démarre juste derrière le chalet. Il faut passer dans le minuscule terrain qui nous servit à faire les premiers gonflages avec l'Astérion, retrouver les traces du très vieux chemin abandonné et une nouvelle fois marcher vers le sommet. Je ne sais pour quelle raison, je n'éprouve aucune lassitude sur ce parcours dont je connais le moindre virage. Un changement cependant, les usines de la vallée se sont tues, un silence épais entoure le sentier seulement troublé par quelques oiseaux matinaux. Plus loin un chevreuil aboie rudement avant de disparaître dans les fourrés.
Au col de Teyèch, l'air est à peine bousculé par une petite brise de nord qui s'infiltre doucement à travers les grands hêtres du versant nord, tout s'annonce pour le mieux. J'ai pu me remémorer durant la montée nombre d’anecdotes vécues au gré des lacets, ici la perte d'une raquette, là un sanglier agressif, plus loin des promeneurs perdus, mais toujours ce plaisir intact de la promenade. La prairie finale baigne dans une ambiance onirique, d’abord une harde de jeunes izards me cède le terrain dans de multiples cabrioles puis ce sont les vaches, placides elles animent cependant l'espace par leurs cloches qui tintent doucement, formant un accompagnement sonore des plus agréables. On se croirait exactement dans la deuxième scène du premier acte de Tannhäuser, une ambiance paisible et sereine comme nulle part ailleurs.
La voile est une nouvelle fois étalée vers le nord, à coté d'une partie du troupeau venu dormir au sommet. L'envol sera une longue course vers la vallée et le vol splendide entre les tours de calcaire qui forment cette grande forteresse dressée dans le ciel Commingeois.
Si l'on s'en réfère à mon fichier Excel - consolidation de tous mes vieux calepins de vols et de montagne - cela serait aujourd'hui ma centième ascension du Pic du Gar ! - et presque autant de décollages depuis la cime. Voilà un vol anniversaire qui s'est passé sans la moindre contrariété.
