On pourrait objecter qu'il est possible de réaliser l'ascension du Grand Replomb à la journée, à ceux-ci je répondrai qu'il serait dommage de ne pas profiter de ce petit refuge sur le parcours, véritable havre de paix juché sur un incroyable promontoire au dessus de la vallée de l'Isère.
En effet c'est le meilleur moyen de s'immerger dans la nature et de passer un merveilleux moment là-haut, loin du bruit et de la fureur de la ville. Ça commence tranquillement sur le petit sentier depuis Pré Marcel, nous ne sommes pas pressés, nous avons toute la journée pour grimper les 650m de dénivelé qui nous séparent du refuge. Nous comptions pique-niquer en route mais, une fois lancés, nous marchons d'un bon pas jusqu'à apercevoir, au détour d'une crête la petite cabane perchée entre ciel et terre. Plus moyen de s'arrêter, l'envie de manger sur cette terrasse suspendue dans le ciel est trop forte. Il n'est pas 13h quand nous arrivons devant la porte. La gardienne nous accueille gentiment et nous invite à nous installer sur une des tables de la terrasse afin de déguster nos victuailles, quel sens de l'hospitalité !
Il faut savoir que ce gîte ne m'est pas totalement inconnu, il y a 41ans j'y ai travaillé en tant que gardien adjoint de refuge pendant une saison. Des souvenirs reviennent à la surface au fur et à mesure de l'installation de nos petites affaires dans les casiers. Contrairement au monde en perpétuelle évolution, ici rien n'a changé depuis le temps, les lieux sont strictement identiques, comme si on se retrouvait 40 ans en arrière ! La fuite du temps est inexorable !
En attendant ce pique-nique face à ce fantastique panorama nous incite à poursuivre la marche plus haut jusqu'au Lac Blanc, c'est un immense plan d'eau niché au pied de la sauvage face nord du grand pic de Belledonne. Effectivement la balade vaut le détour, c'est étourdissant ! Trois heures plus tard, nous voilà de retour au refuge pour le repas et surtout le spectacle du coucher de soleil depuis ce belvédère unique, il est d'anthologie. Y a pas à dire, c'est toujours aussi beau. Que dire de la nuitée sinon qu'elle s'est bien passée, nos voisins de couchettes ne ronflent pas et mes multiples aller-retours aux toilettes situées à l’extérieur du gîte (fait pas bon vieillir) m'ont permis d'observer avec attention la beauté de la voûte céleste sans toutefois m’attirer la foudre de mes voisins de chambrée par mes allers et venues. Entre les fulgurantes étoiles filantes traversant le ciel et la lune émergeant paresseusement par dessus la crête effilée de la Pointe des Excellentes, l'émerveillement est au rendez-vous.
Ce matin nous laissons nos camarades de dortoir et partons avec Luc pour le Grand Replomb après un solide petit déjeuner servi par notre accorte aubergiste. Au départ la forte brise descendante ne saurait nous démoraliser, elle est somme toute conforme aux reliefs encaissés qui nous entourent. La balade est courte mais plutôt raide sur un sentier à peine marqué. Plus on monte moins la brise catabatique se fait sentir, non loin du sommet nous retrouvons avec plaisir le soleil, il nous réchauffe le cœur et le corps. Le Grand Replomb possède une morphologie idéale pour le randonneur muni d'un parapente, ça décolle de plein d'endroits sur ce sommet arrondi doté de trois mamelons propices à l'installation d'une voile. Comme il est tôt, nous avons tout loisir de profiter de la vue insolente sur l'Isère d'un côté, le Mont Blanc de l'autre, d'autant plus qu'il n'y a pratiquement aucun vent sinon une légère brise météo venue du nord mais aussi quelques souffles d'air générés par les impressionnantes faces orientales soutenant notre sommet au-dessus du sombre lac de Crop.
Cette absence de brise complique un peu le choix du terrain d'envol mais on ne va pas se plaindre, c'est mieux que trop de vent. Nous optons pour le sommet Est où la brise semble plus constante et commençons la préparation des ailes avant de nous envoler un à un dans l'azur. Compte-tenu de la douceur ambiante et de l'heure matinale, nous ne trouverons pas de gros thermiques sur le trajet sinon quelques bulles au-dessus d'Orionde. Le vol est somptueux depuis les sommets de rocs et de glace jusqu'à la riante et verte vallée de La Boutière
Voilà une randonnée superbe heureusement prolongée par cette nuit magique dans ce délicieux refuge perché sur son promontoire.