En ce moment, réchauffement climatique oblige, il devient difficile de trouver des jours favorables au vol-rando en montagne. Et quand il y en a un comme aujourd'hui, l'instabilité est telle que le ciel n'est réservé qu'à une élite n'ayant point de blanc aux yeux !
En arrivant sur le décollage de Montlambert, après une charmante randonnée à travers les vignes vertes, seuls quelques parapentistes manifestement chevronnés se préparent. Des jeunes champions déballent tranquillement leurs avions de chasse et leur sellette sous-marin avec des kilos d'instruments de mesure, sans se presser. Il est vrai qu'il n'est que 10h30, cependant à bien étudier l'aérologie, on voit bien qu'elle se présente déjà aussi forte qu'aux heures les plus chaudes de la journée. Les manches à air s'agitent frénétiquement à la faveur de boulets thermiques de plus en plus puissants.
Hélène, ayant déjà brûlé un joker ici dans des conditions similaires, renonce à déplier sa petite voile légère. Un kador est déjà aux nuages et les rares personnes qui décollent montent rapidement au plafond. Étant de l'ancienne école, j'attends une accalmie entre deux rafales pour m'élancer dos voile sous les yeux goguenards des jeunes champions en grande discussion sur l'ampleur de leurs projets de triangle. Ça parle de balises à Albertville, Annecy, Chambéry et même Genève est mentionné !
Pour ma part, aller jusqu'à l'Isère en milieu de vallée me semble un objectif tout à fait honorable. Je m'envole au moment le plus calme et trouve le thermique sans faire un virage, le Vario couine jusqu'à la verticale du terrain d'atterrissage si bien que j'arrive au dessus de l'Isère avec une marge très confortable. Je n'aime pas me retrouver si haut en vallée en raison de la présence récurrente d'avions de chasse de l'armée française. J'enroule donc les dégueulantes et me pose au terrain officiel complètement vide puisque tous sont partis en cross de l'autre côté du massif des Bauges. Cela ne fait pas 10 minutes que je suis posé qu'un Mirage tonitruant passe exactement au dessus de l'Isère à une hauteur correspondant exactement à la mienne tout à l'heure... Quel effroi ! Hélène pendant ce temps a redescendu la voiture d'un kador arrivé tardivement là-haut et me retrouve à l'atterrissage. Nous filons ensuite pique-niquer au Lac de Carouge pendant que les champions empilent les kilomètres à des altitudes stratosphériques.
Espérons que le vent se calme un peu, qu'on puisse enfin retrouver la solitude des montagnes en vol-rando