Récit
Après une très courte nuit ponctuée de doutes quant à l’opportunité de partir marcher (les soirées arrosées sont pour moi de moins en moins compatibles avec la montagne), je me lève. En effet la météo est formelle, il n’y a pas un pet de vent aujourd’hui et comme c’est de plus en plus rare, il faut bien se forcer un peu. Comme d’habitude je ne regrette jamais l’effort au réveil une fois la marche engagée.
J’aime bien le Grand Colon, c’est une belle montagne, comme une colossale enclume de titan posée face à la ville. Malgré l’heure matinale, des bûcherons s’activent déjà dans l’entonnoir de la face Ouest, je ne sais pas ce qu’ils trafiquent mais ils brûlent du bois dans de gigantesques brasiers. On dirait un rite païen au dieu forgeron. C’est parfait, cela me fait un indicateur sur mesure pour matérialiser le vent, la fumée descend, c’est une brise thermique du matin, pas d’inquiétude, je poursuis vers la cime. A la cabane le vent est toujours bien présent, mais rien à craindre, c’est toujours cette brise du matin.
Au sommet, il y a un vent régulier venant de l’Est, surprenant ! C’est sans doute cette même brise glacée qui descend de la grande Lauziere et qui alimente le thermique naissant de la face Est. J’étale donc la voile au sud du sommet Sud. Une petite pelouse permet une préparation sereine. Tellement sereine que je prépare trop sommairement ma voile, il y a un tour dans la sellette. Trop fainéant que je suis, je tourne et retourne dans tous les sens pour démêler les ficelles, impossible de trouver la solution. Finalement agacé je me désarnache pour remettre bon ordre à cette pelote de fils. Les spectateurs doivent se demander quel est ce manège étrange. Pour couronner le tout, une suspente se coince au décollage dans une roche et la voile part en travers, heureusement ce vent laminaire excuse bien des approximations, je me recentre sous la voile pour un envol optimum.
Vol calme et attéro tout en bas sur une butte au dessus de Revel déjà balayée par les thermiques, ce qui me permet de zoner un peu devant le seul champ fauché, perché en haut du relief. L’approche est un peu chaotique et un trou d’air me fait effleurer la cime d’un arbre, il m’a fallu soulever les guiboles pour éviter de tutoyer l’obstacle. Comme le champ est juste à coté de la route de Freydiere, je n’ai qu’à lever le pouce pour que la première voiture s’arrête et me remonte au carrefour des quatre chemins.
Au retour je me régale du dernier Opus de Morcheeba, c’est de loin leur meilleur album, bien que toute leur production reste d’un fort bon niveau. Je pense que je serai à leur concert gratuit du 3 juillet prochain à l’anneau de vitesse de Grenoble.
