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Sortie · Ski de randonnée

10 000 pas dans le feu, c'est assez long.

Le 05-02-2025 par Michel Pila · Belledonne · Cime de la Jasse 2478 m

05:00Durée
1300 mDénivelé
1/5Risque aval.
SudOrientation
2478 mAltitude

Récit

En commençant la marche ce matin nous étions loin d'imaginer ce qui nous attendait plus haut. Ça commence tranquillement skis sur l'épaule au niveau du panneau d'interdiction peu suivi d'effet si l'on en juge le nombre de bagnoles garées plus haut. Le raccourci est toujours aussi pénible à remonter avec ce lit de cailloux trempés. Plus haut, avec les skis aux pieds, il suffit de se laisser aller sur le chemin juste couvert de neige encore souple. C'est plus haut que cela se gâte, la neige ayant reçu le soleil plus que dans la vallée entame sa séquence de gel dégel. C'est du béton à cette heure matinale et complètement traffolé. Heureusement le soleil n'est pas loin. Si nous franchissons le premier raidillon avec les couteaux, le soleil commence juste à ramollir le béton précontraint rendant la sortie du raide facile. Reste le deuxième passage pénible dont nous savons par habitude combien il est mou.
 
Effectivement il l'est mais si le soleil était notre allié tout à l'heure, il surchauffe maintenant nos corps et transforme chacun de nos pas comme une traversée du désert. Me vient alors à l'esprit cette chanson de Tool, ce groupe de Métal Progressif :
 
Le chemin est haut,
mais nos yeux sont fixés sur le sol.
Tu es la lumière et le chemin.
Ils ne liront que ce qui se passe.
Je prie seulement que le ciel sache
quand te sortir de là.
10 000 pas dans le feu, c'est assez long.
Avancer est un vrai calvaire, aussi prenons-nous une cadence de sénateur afin d'éviter de passer dans le rouge. Nous sortons néanmoins du raidillon avec le voyant de chauffe illuminé. A ce moment la Cime de la Jasse nous est acquise et en plus la neige est douce jusqu'au sommet ! Il règne là-haut une torpeur digne des musiques du groupe tribal précédemment cité. Pas un gramme de vent, une vue époustouflante à 360° celsius dans une lumière aveuglante tandis que dans la vallée coule toujours une mélasse de brumes glaciales et livides.
 
Il ne reste plus qu'à redescendre sur terre par ces pentes toujours surchauffées. Les premières virages annoncent une descente fabuleuse, hélas le bonheur ne sera que de courte durée. La faute à la neige qui n'est ni de la poudreuse, ni de la neige de printemps mais une belle cochonnerie inskiable. Heureusement notre salut viendra d'une petite trace de descente en forme de ruban blanc que tous les randonneurs du coin s'empressent de suivre, elle serpente tout le long de la descente. Nous suivons sagement ce sésame qui ressemble étrangement à une piste de slalom sans en avoir le moindre piquet. Au milieu de la descente nous trouverons refuge sur un caillou bien plat pour y étaler notre savoureux pique-nique dont le point d'orgue sera le fameux jambon persillé de la vénérable maison Verot, une merveille.
 
Pour finir, le border cross dans la forêt glaciale ne sera pas la plus mauvaise partie de la descente, la neige y est encore souple quoi qu'un peu caillouteuse, les skis rebondissent parfois bizarrement, je n'aimerais pas être à la place des carres !
Dans ski de rando il y a rando, aussi nous mettrons un point d'honneur à garder les skis aux pieds même s'il n'y a plus un gramme de neige sur deux fois 25 mètres (par bonheur pour les semelles, c'est une partie d'herbe tendre et grasse). Voilà une méthode un peu brutale, à l'image de la musique de Tool, une musique fabuleuse dont Amélie Notomb est d'ailleurs une de ses plus ferventes admiratrices.
Licence Creative Commons BY-NC-SA

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