Récit
Mais qu'est-ce qui fait marcher les randonneurs, je me suis posé la question ce matin en apercevant un petit écriteau pour une nouvelle variété de marcheur, les trailers. Tous les cent mètres la signalétique annonce le reste à faire, la seule motivation c'est la course... Drôle d'objectif en vérité que d'aller plus vite que les autres. Dans un cadre aussi beau c'est étonnant...
Pour ma part, la beauté du monde, la beauté des Alpes, la beauté du Taillefer sont les seules raisons de ma présence ici. Marcher c'est vivre et penser au rythme des pas. Le Taillefer est une montagne splendide dont la face nord glaciale surplombe la ville de Grenoble de ses 2880 m. Aujourd'hui c'est par le sud qu'il faut passer, la neige tombée cette semaine n'y est plus trop abondante et n'entrave pas la marche. En revanche, bien que toutes les météos s'accordaient hier à dire qu'il n'y aurait pas de vent, une brise pernicieuse et glaciale déboule de l'orient et rend l'ambiance bien sévère. Sa présence s'est faite sentir à la sortie du raidillon qui donne sur l'épaule de Brouffier. Elle ne m'inquiète pas plus que cela, il y a toujours un peu de vent ici. C'est en arrivant au sommet du petit Taillefer que le doute s'est immiscé dans mon esprit, c'est beau certes, mais impossible de décoller avec un vent pareil.
Pour ajouter à la sinistrose, des nuages brossés par la brise décorent maintenant le sommet qui n'est plus très loin, des lenticulaires annonciateurs de vent fort. Voilà qui est trop pour moi. Monter en doudoune avec les gants toute la côte dans cet air glacial passe encore, finir dans la tourmente ne m'emballe plus plus que cela. Décision est prise de faire demi-tour au cairn signalant le sommet du petit Taillefer. La ville de Grenoble disparaît sous une mer de nuage diaphane. La descente jusqu'au pas de la mine est courte et aisée avec la neige qui amortit doucement les pas.
Au pas de la mine, bonne nouvelle, la brise est plus douce et perpendiculaire à la crête de Brouffier. Il suffit de déplier grossièrement la voile et de tendre les ficelles, le vent fera le reste. La voile monte, elle me porte ensuite dans l'air laminaire, après quelques aller-retours sur cette longue épaule, il suffit de viser la vallée pour se poser directement au Col de la Morte où est garée la caisse. Une belle balade automnale juste troublée par cette bise imprévue.

Trailers
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