Récit
Malgré la blancheur des sommets, une tentative au Bonnet de Calvin ne semble pas trop excentrique compte tenu de l’exposition sud des dernières pentes. En plus en arrivant à l’aéroport de Menglas, la vue le Bonnet de Calvin est rassurante, la neige semble avoir déserté ce sommet. Il reste bien quelques petits névés sur le sentier dans la forêt, mais rien en comparaison de ce que l’on peut voir en Chartreuse. Apres la jolie sortie d’hier et une trop courte nuit, les jambes rechignent à la tache et il faut bien le long kilomètre de faux plat montant pour mettre en route la carcasse. Comme exactement il y a un an, les plaques de neiges sont toujours aux mêmes endroits, elle est dure comme du bois. La seule inquiétude c’est de tomber sur une accumulation de coulée sur le sentier quand celui-ci passe au dessus de la falaise.
Finalement mes craintes s’avèrent infondées puisqu’il n’y a qu’un seul tas de neige à un endroit exposé mais heureusement soutenu par des arbustes qui rassurent. Ça passe les doigts dans le nez et, à n’en pas douter avec ces températures, y va pas faire long feu le bouchon. L’air est calme et les températures douces, la montagne est enveloppée de saveurs et si ce n’est peut-être pas du romarin, c’est forcement une plante aromatique qui en est la cause. Après une petite pause au col de la Brèche dont l’altitude est précisément 1770 (date de naissance de l’immortel Beethoven*), il faut repartir vers le haut. Les trois passages techniques sont secs mais pas les paillassons de neige fondante qui les précèdent… il s’agit de bien taper les pieds sur les premiers cailloux pour enlever de la semelle le gras accumulé pour se garantir d’une funeste glissade. L’arrivée au sommet est toujours aussi magique, la dernière portion débonnaire sur ce long promontoire juste après le raidillon est onirique. Beau belvédère en vérité puisqu’il est au centre des immenses plaines du Trièves, alors qu’au sud jaillissent les abruptes parois glacées du Dévoluy. Et tout au fond à 360° des montagnes insolentes aux reliefs acérés forment un fond de décor telle une couronne sertie de brillants.
On y resterait bien des heures mais la brise parfois capricieuse me rappelle à l’ordre. Il est 11h et les premières ascendances viennent troubler la quiétude des lieux. Il est temps de déplier la voile car dans une heure les vents risques de compliquer singulièrement la préparation de la voile. Après avoir longuement hésité sur l’orientation optimum, les drapeaux à prières tibétain qui flottent en haut du mat me montrent la porte de sortie, direction le décollage Est 100m au nord du sommet. En plus les derniers névés me fournissent le matériau nécessaire au bon calage de la voile dans cette brise inconstante.
L’envol est une formalité, le début du vol décevant. C’est désorganisé, les ascendances se mettent en place dans une joyeuse pagaille… très peu pour moi. Par un long détour circulaire je contourne la montagne et bascule sur le versant Ouest. On pourrait croire que c’est foutu pour les thermiques, hé bien pas du tout, plus loin, les petites buttes boisées des avants reliefs suffisent à réveiller l’air qui proposent des bulles toniques tout le long de la belle descente vers Menglas. La trajectoire prend donc l’aspect d’un parcours au profil de montagnes russes, comme à la foire. C’est une succession de tire-bouchons entrecoupés de raides descentes à la sortie du pétard. Plusieurs fois j’ai bien cru que je n’arriverais pas au terrain mais à chaque alerte, une bulle a contrecarré la chute, sans angoisse cependant puisque les terrains de secours sont légions.
Atterrissage à coté de la flamme plantée le matin même. Mon posé suscite l’enthousiasme de quelques joggeuses en plein effort dans une campagne vibrante de chaleur… 11h45, il est temps de rentrer.
* Immortel par ses œuvres inoubliables évidemment
