Récit
Un vol entre deux averses orageuses....
Cette année sera marquée par une instabilité notoire, aujourd'hui ne dérogera pas à la règle. Parti pour le grand Colon sous un ciel clément, par le lac encaissé du Crozet, j'arrive au sommet en même temps que les nuages, un brouillard poisseux à couper au couteau. Je ne m'affole pas, cela fait trois fois que les nuages vont et viennent sur la montagne. Pourtant ce coup-ci ça a l'air plus sérieux, d'ailleurs il se met à pleuvoir, j'ai l'air malin sous mon misérable kway, seul sur ce sommet humide.
Pour moi c'est râpé, aussi j'attaque la descente sous la pluie, c'est au bout d'un bon quart d'heure que les nuages se déchirent en même temps que la pluie cesse. Je cours vers le haut trouver un peu d'herbe pour étaler la voile... Une fois la voile dépliée sur une pente improbable, il se remet à pleuvoir et tout se bouche à nouveau.... Les boules...
Puisque le ciel est capricieux, je décide de remonter au sommet. Une fois là-haut, c'est aussi moche que tout à l'heure. Au bout d'une autre demi-heure, une nouvelle éclaircie se dessine, je re-déballe la voile encore humide de la tentative avortée prématurément en dessous. Ce coup-ci l'éclaircie est franche mais elle laisse apparaître un rideau de pluie sombre juste au sud, d'où vient le vent... Il me faut courir un bon moment pour lever la voile humide mais finalement je suis en l'air.
Dire que la première partie du vol aura été un plaisir serait mentir. Il se met à pleuvoir violemment... Il va falloir vite trouver un terrain de secours car il paraît que les voiles trempées volent beaucoup moins bien... Un film d'horreur... Pourtant il ne faut jamais douter de la divine providence. Compte tenu du fait que je m'éloigne des montagnes en allant vers la plaine, il est réaliste de penser que la pluie devrait s'atténuer.... Bingo, la flotte cesse progressivement de marteler mes lunettes - c'est heureux car je n'y voyais plus rien - , la deuxième partie du vol en revanche est un enchantement. L'air chaud de la vallée remonte devant la colonne de pluie derrière moi, je suis comme suspendu dans l'espace. Devant le soleil devient de plus en plus éblouissant.
Un vol contrasté dont la deuxième partie fut un long glide interminable jusque dans la vallée de l'Isère, 2200 m plus bas, où j'avais laissé la caisse au petit matin avant de monter en stop facilement jusqu'au parking de Freydière.

pluie