Le rituel (Pic du Gar)
Pour réussir un séjour pyrénéen, il convient de faire le Pic du Gar en vol-rando, c'est un rituel immuable pour fêter notre union...
Le 16-10-2026 par Michel Pila · Pyrénées Orientales · Pic du Gar 1785 m
Il y a tout juste 40 ans, Hélène me faisait découvrir le Pic du Gar par ce joli sentier à partir de Bezins-Garraux. Hier soir en arrivant à Toulouse la météo annonce grand beau pour aujourd'hui, impossible de laisser passer le créneau. Alors une nouvelle fois le réveil est réglé sur 6h et c'est parti avec tout le matériel destination le Pic du Gar. Nous arrivons au parking avec le lever du jour, ce n'est pas sans émotion que nous commençons la marche comme nous l'avions déjà fait il y a 40 ans. Nous ne croiserons pas Jean Dat, un ancien du village depuis longtemps décédé. Celui-ci nous avait vu partir jadis sur le sentier et pendant longtemps lorsque mon beau-père le croisait, il aimait à le taquiner en lui rappelant qu'il avait fait connaissance de son gendre avant lui ! Tout ça avec ses yeux toujours malicieux.
Durant la randonnée, au fur et à mesure des lacets, bien des souvenirs et des anecdotes reviennent à la surface, séquence nostalgie sur ce sentier millénaire. Après la pause traditionnelle au col de Téièche, un jeune nous rattrape alors que nous admirons deux izards bondissant craintivement sur la pelouse juste devant nous. Quand on lui demande s'il porte un parapente, il nous précise que c'est un parachute ! Il va sauter en base jump depuis le Pic Saillant ! Toutefois il met les bouchées double pour arriver avant les thermiques. Voulant voir l'animal se jeter dans le trou, nous essayons de ne pas trop nous faire distancer jusqu'au sommet.
Quand nous arrivons à la croix, il est déjà dans les starting-blocks, les doigts de pieds au dessus du vide. Il saute résolument l'extracteur à la main, le parachute s'ouvre instantanément en claquant dans l'air tiède de la face ensoleillée, impressionnant ! De notre côté on retourne vite fait au décollage sur la selle entre Pic Saillant et Pic du Gar pour étaler nos voiles. La brise thermique est déjà forte, d'ailleurs trois vautours enroulent l'ascendance juste devant nous. Hélène s'envole avec grace en même temps que résonnent dans le lointain les pales d'un hélicoptère. C'est la gendarmerie qui vient faire un exercice de secours au Pic du Gar, c'est quand même pas de bol. Ma voile est étalée pendant que l'appareil tourne juste dans la trajectoire. J'enrage !
Commence alors une attente insupportable, l'hélicoptère n'a pas l'air de partir. Il vient même me survoler alors que je termine la préparation. S'il sait maintenant que je suis prêt, il est résolument scotché en stationnaire juste en contrebas du décollage. Toutefois au bout d'un certain temps, il s'éloigne soudainement me permettant alors de m'envoler moi aussi ! J'entre dans l'ascenseur mais lui aussi veut en profiter, il revient dans ma direction. Je suis alors obligé d'abandonner cette magnifique ascendance et file vers la vallée, poursuivi par le ronflement des pales juste derrière moi, c'est ballot les conditions de vol étaient parfaites.
Je retrouve ma douce à l'atterrissage historique de nos premiers vols, non loin de la colonie d'Eup. Le vent de vallée n'est pas encore fort, on va pouvoir plier tranquillement nos voiles. C'est à ce moment que se gare à notre hauteur une vieille Xsara. On est bons pour prendre une chasse que je dis à Hélène. Pas du tout, en fait c'est le base jumper qui nous cherche pour nous remonter à Bezins-Garraux, c'est un petit jeune de Luchon fort sympathique qui se jette des sommets pendant que sa copine redescend en courant avec Louche, leur jeune chienne. On se retrouve tous sur le parking pour discuter et se rendre compte que nous avons plein de points communs, voilà un couple bien sympathique, c'est toujours passionnant ces incroyables rencontres.
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