Bien décidés à profiter de ce temps superbe, nous mettons le réveil sur 5h30, seul moyen de marcher dans une atmosphère encore fraîche. Certes la nuit a été un peu courte, il faut dire que nous avons passé une délicieuse soirée chez des amis, mais partir tôt reste la seule alternative possible.
Nous quittons Grenoble avec 24°, pour trouver à La Ferrière, au départ de la balade dans le Haut Breda, un thermomètre qui n'affiche que 14 malheureux degrés ! Mais qu'est-ce qu'on est bien ici ! Dans cette exquise fraîcheur, les mille mètres de dénivelé sont un régal. La végétation a bien poussé pendant ce printemps pluvieux si bien que nous ne reconnaissons plus le sentier. Il se faufile entre deux haies touffues compactes si bien que toute erreur n'est plus possible, il suffit de suivre la tranchée dans la verdure. La Croix du Léat par son versant ouest offre un cheminement à l'abri du soleil levant, la balade est idéale par cette canicule invivable à Grenoble. Nous faisons une pause au sortir de la forêt, il est temps de mettre la casquette et les lunettes de soleil. Une petite brise légère entretient une fraîcheur salvatrice sous ce cuisant soleil, toutefois elle ne semble pas vraiment bien orientée pour un décollage optimum de la croix, nous verrons bien !
Une nouvelle croix de fer signale le point culminant, c'est un assemblage d'outils en fer forgé, symbole d'un passé où l'activité principale de la vallée était l'extraction du minerai de fer et son exploitation dans de puissantes forges mues par l'eau domptée du Breda. Nous allons directement sur l'aire de décollage en espérant trouver un vent thermique favorable venu du nord et nous ne sommes heureusement pas déçus, il est bien là quoiqu'un peu capricieux, il va falloir être habiles. Nous étalons les voiles et attendons l'instant parfait où toutes les brises s'alignent pour un envol en toute sécurité. Quand tout semble bon, Hélène s'élance une première fois, seulement c'est un peu plus compliqué que prévu, après un gonflage plutôt mou la voile monte mais refuse de prendre en charge ma douce qui préfère arrêter avant la cassure. Entraînée par son élan, elle nous fait un joli roulé-boulé dans les épais rhododendrons tapissant la pente raide. La deuxième tentative sera la bonne, la voile monte avec détermination, Hélène freine énergiquement les ardeurs du parapente à la dépasser, voilà une temporisation bienvenue avant de s'envoler par-dessus les rhododendrons touffus.
Je saute dans ma sellette et réussis brillamment à m'extraire du plancher des vaches dans une atmosphère résolument instable. Le vol est fantastique au-dessus du Breda avant de se poser face à un vent de vallée déjà sensible malgré l'heure matinale, il n'est pas encore 11h ! Le grand champ où broutent quelques génisses est parfait. Nous sommes enchantés de la balade : une fraîcheur agréable, pas le moindre touriste croisé en chemin et cette solitude au décollage qui nous fait croire dans une contrée sauvage et inconnue.
Il est temps de rentrer, nous ne passerons pas par le lac, France est à la maison et nous préférons partager un dernier repas avec elle avant son retour sur Paris. Nous retrouvons la fournaise grenobloise, il est midi et il fait déjà 32° sur les quais de l'Isère, on regrette déjà la fraîcheur du Haut-Breda !