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Les années passent et le désir de retourner sur le sommet mythique des Alpes ne fait que grandir. Cette année ne m'a pas permis de réaliser tout ce que je souhaitais. Un accident de vélo qui ruine tout espoir de monter en selle et une bûche à moto qui m'a interdit le voyage à Bayreuth. . Mais qu'importe je ne suis pas superstitieux et je ne crois pas au lois des séries. C'est donc plein d'optimisme que je vois commencer le mois de septembre avec sont cortège de hautes pression qui se suivent dans un rythme quasi metronomique. Une première option se présente le Mardi 9 Septembre, mais hélas trois fois hélas, je suis en déplacement ce jour précis. C'est donc bien déprimé que je monte dans le TGV à destination de Paris. Pendant le week-end une nouvelle option se dessine, c'est donc mercredi que je fixe le jour de l'assaut. Je rassemble le matériel et commence à me mettre en quête d'un compagnon. J'ai bien du passer lundi soir une vingtaine de coup de fils mais sans aucun résultat. Je décide de partir seul si les conditions sont bonnes. C'est avec une anxiété que j'appelle une dernière fois le bulletin météo de Chamonix afin de valider la date de mon départ. Peu de vent en haute montagne avec 20 de sud a 4000 et grand beau, tel sont les oracles. Demain mercredi sera donc le grand jour.
Crampons, piolet, vêtements chauds et repas serons mes instruments de l'ascension. Un téléphone portable est ajouté sur le sac dans un but de sécurité étant donné que je n'aurais personne à qui parler dans ces contrées lointaines. Mon sac fait bien 17 Kilos et je ne compte pas tous les vêtements supplémentaire dû aux froides altitudes. Départ à 5H30 arrivé a Chamonix à 7H15 et je prend la benne de 8H. ce n'est pas très tôt mais c'est la première. Au retour la dernière benne est à 16H30 ce qui ne me laisse aucune solution de replis en cas de vent au sommet. En effet il est mathématiquement impossible d'être à 15H au sommet et de redescendre a la benne avant 16H30 étant donné qu'il faut 4 heures pour descendre par l'itinéraire de montée. Je suis conscient que le sommet ne pourra se faire que si j'accepte en cas d'échec de dormir au refuge Vallot, abri de secours situé sur l'arrête Ouest a 4300 m d'altitude. Ce refuge, non gardé, à la particularité d'être ouvert aux quatre vents et ne posséder aucun matériels de couchage. C'est donc roulé en boule dans le parapente qu'il faudra passer la nuit. Je dis bien passer la nuit car avec -10 dans la pièce il ne faut pas compter s'endormir trop longtemps. Mais ne soyons pas Pessimiste et voyons les conditions tel que la météo l'a annoncée, c'est a dire excellentes.
La première benne me propulse à 3700 il est 8H30 quand je prend pied sur l’arrête de l’aiguille du Midi et le temps est superbe. La montée au Mont Blanc du Tacul est une formalité mais durant l’ascension une inquiétude me gagne. En effet le vent semble bien présent, j’en veux pour témoin les tourbillons de neige qui s’élèvent ça et là dans la grande pente glacée que je gravis. Trois personnes me précédent, elles portent toutes comme moi un parapente. Elles ne sont qu’a 30 mètres devant mais leurs tracent sont déjà effacé par la tourmente. Mon moral en prend un coup. Je décide déjà d’atteindre le sommet du Tacul avant de redescendre et de décoller de l’aiguille du Midi,(enfin j’espère). Arrivé au sommet du Tacul, je me joint aux trois parapentistes et les interroge sur les conditions. Par leur accent je comprend tout de suite qu’ils sont Suisses. Leurs moral est au beau fixe, rien ne saurai fléchir leur détermination, leurs objectif est le sommet donc ils iront au sommet. Ceci malgré les rafales de vent et malgré les quantités importantes de neiges fraîches qui nous attendent au Maudit. D’ailleurs ils comptent bien sur moi pour participer à la dure tache qu’est le traçage du chemin. Devant un tel Optimisme et une telle bonne humeur je ne peu que me joindre au groupe. Nous ne seront d’ailleurs que quatre à faire la trace.
Nous continuons donc la progression, facilement puis avec la pente de plus en plus difficilement. Les quantités de neige sont importantes et bientôt la trace devient un véritable calvaire. De plus les accumulations due au vent sont colossales et nous devons nous espacer afin de ne pas surcharger le manteau neigeux. En effet les risques d’avalanches sont réellement présents. Si nous sommes montés au Tacul comme des avions, il n’en est pas de même au Maudit. Nous avançons comme des limaçons et la lutte est âpre pour gagner les quelques mètres qui nous sépare de la brèche du Maudit. La dernière pente est complètement glacée ce qui nous oblige à utiliser les pointes avant de nos crampons. Voilà plusieurs fois que je monte au Maudit, jamais je ne l’avais vu dans de si mauvaises conditions. Avant de joindre le col de Brenva nous avons deux options : Prendre à flanc de pente en traversée, ou descendre sur le replat très enneigé avec passage de rimaye. Deux Suisses optent pour la glace le troisième et moi-même optons pour la bas. J’en profite pour mettre mes lunettes car le soleil commence à taper sérieusement, mais la rimaye est là à mes pieds et elle semble bigrement profonde. Je soulève mes lunettes à plusieurs reprise afin d’en apprécier les dimensions. Malheur un geste maladroit les précipite dans le trou. Je finirais la course sans protection. Furieux je prend mon élan et saute la crevasse félonne. La neige est présente en grande quantité. Et je fais la trace à grand peine. La présence d’autre crevasses est certaine et c’est avec prudence que j’avance. Le piolet a la main, je sonde à chaque pas a travers les 50 centimètres de fraîche pour trouver la glace en profondeur. Au bout de cent mètres, alors que je sonde toujours précautionneusement, mon piolet s’enfonce dans la neige sans rencontrer la moindre résistance : Danger crevasse imminente. Je recule prudemment et fait un crochet pour éviter le piège sournois. C’est le seul endroit ou il aurait été prudent de s’encorder. Mais les Suisses ne semblent pas enclin à ce genre de considération.
J’apprendrais plus tard que ce n’est pas sur ce parcours qu’il considère de santé qu’il vont commencer à s’emmerder avec des manips de corde. Ce sont de fameux montagnards qui ne s’encodent que dans le terrible couloir Gervassutti (et encore seulement quant il est en glace.) Je rejoint les deux autres qui ont eu malgré tout de la peine sur une pente en glace bleu. Le col est superbe, et le vent semble bien moins fort que plus bas. Aussi sommes nous galvanisé pour la suite des événements. Je fait part à mes nouveaux ami de ma perte des lunettes, ils n’ont rien à me proposer si ce n’est une casquette que je visse sur mon crâne à la façon d’un SS, temps pis pour le look. A partir de ce point la neige est beaucoup moins épaisse car le vent à dû la souffler , aussi décidons nous de poursuivre librement notre progression. Je suis bêtement une personne et ne regarde que ses chaussures afin de m’épargner la violence des rayons du soleil. La visière de la casquette réduit sensiblement ma visibilité et c’est avec stupeur que le sol se dérobe sous mon pied, je n’ai même pas vu le trou tellement mon champ de vision est réduit. Heureusement la crevasse est de petite dimension et je n’aurai de tout manière pas pu tomber dedans mais que cela me serve de leçon, je progresse maintenant la tête haute et de mon coté. Au mur de la cote, alors que nous sommes tous concentré sur nos pas sur la pente de glace dur, un fracas assourdissant nous fait sursauter. Un sérac d’une taille monumentale vient de se détacher de la paroi au dessus de l’éperon de la Brenva. Le bloc de glace de la taille d’un immeuble dévale les abîmes de la face sud soulevant un épais nuage de poudre de glace. Nous sommes au premières loges tout en ne risquant absolument rien. Nous ne pouvons cependant pas nous empêcher de ressentir une angoisse passagère, comme si la chute de cette masse glacée allait provoquer un tremblement de terre propre à nous faire vaciller dans le vide. Nous voici sur la dernière pente. Nous passons a coté des rochers rouges, tristement célèbre par la tragédie de Vincendon et Henri. Aujourd’hui, avec ce franc soleil, nous avons peine à imaginer que l’on peu être pris par une tempête tel que toute issue fût pour ces montagnards chevronnés impossible.
Voilà sept heures que nous marchons et nos sacs commencent à nous peser lourdement sur les épaules. L’oxygène à 4800 est 50% plus rare et nous en ressentons l’effet pernicieux sur notre démarche. Mes amis Suisses qui ont bourlinguer dans tous les massifs du globe me précise qu’à 6800 c’est pareil on est pas plus essouffler. C’est juste une histoire d’accoutumance. Il n’en demeure pas moins vrai qu’il m’est impossible de prendre un rythme aussi doit - je m’arrête périodiquement pour reprendre mon souffle. La dernière heure passe comme dans un rêve, nous sommes à présent plus haut que tout et la solitude nous enveloppe, tout au plus une légère bise glacé nous caresse le visage et nos pensées vagabondes au gré du vent. Plus loin le pente s’estompe et plus rien ne vient cacher l’horizon, c’est le sommet.
La vue offerte du sommet est magnifique tout le panorama se découvre a mes yeux à 360 degrés. La terre entière est a mes pieds et l’immensité du monde s’étale a perte de vue. Vision unique qui mérite toutes les peines endurées. Pour couronner le tout le vent ne dépasse pas 20 kilomètre par heure ce qui est idéal, compte tenu de l’altitude, pour un décollage en toute sécurité. Nous nous congratulons mutuellement et en profitons pour casser une petite graine. Nous décollerons tous ensemble directement du sommet vers le Sud Ouest. La pente est idéale. Nous préparons nos voiles avec quelques difficultés pour retrouver notre souffle. Je suis prêt et je fait un dernier contrôle du matériel, tout est OK je peu donc prendre mon envol. Petite course vers la cassure de pente, déjà la voile me tire; tout est parfait je n’ai plus qu’a accélérer. Moment toujours magique du départ...
La pente défile sous mes pieds, Ha je souhaite ne jamais oublier ces images qui défilent maintenant. Dans un silence total je longue la longue arête des bosses dans un air fluide comme un éther invisible tout est si facile dans les airs. Je contourne la cime altière et je me dirige vers la trace que nous avons faite le matin même. Que j’aimerais prolonger ces minutes en une éternité et en tirer toute la quintessence de la jouissance. Nous voici à la verticale de l’aiguille du midi et nous poursuivons sur l’envers des aiguilles. C’est un véritable sanctuaire de pierre. Ce fameux granit qui fait la joie des alpiniste du monde entier. En effet quel plaisir de voler parmi ces cathédrales dont les couleurs chaudes sont magnifié par la lumière maintenant crépusculaire de l’astre incandescent. Ici se nichent quelques rivières de glace, là des flammes rocheuses s’élancent vers la voûte céleste. Toutes les puissances telluriques semblent avoir pousser vers le ciel ces montagnes acérées avant d’avoir été figées par quelques sortilèges. Je poursuit mon vol et me dirige vers la civilisation.
L’atterrissage se passe sans encombre et nous nous retrouvons tous les quatre au bord du terrain un peu grogi par toutes ces images auquel nous avons assisté durant ce vol mémorable. A la lecture de ce récit je me rend compte combien ma perception de cette journée est romanesque (c’est pas du rage against). Mais c’est malgré tout ce souvenir que je souhaite garder de cette journée exceptionnelle.

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