Contre toute attente le ciel montre ce matin un optimisme débordant puisque pas un nuage ne vient occulter le paysage, contrairement aux prévisions météorologiques. En conséquence le branlebas de combat nous tire du lit sans ménagement. Seulement en contournant la Bastille, d'encombrants nuages nous ramènent à la triste réalité, le Gresivaudan n'est pas si dégagé que le Nord Isère. Qu'à cela ne tienne, la machine est lancée. Alors nous ajustons le tir et visons maintenant le modeste site de Saint Hilaire qui a dû retrouver son calme après le tumulte de la Coupe Icare.
En laissant la voiture au pied des ruines du funiculaire, l'humidité prégnante des dernières pluies rend le chemin comme la végétation dégoulinants, à tel point que nous hésitons sur l'itinéraire à suivre. Les marches soporifiques à proximité des rails ou le riant petit sentier hélas barré par un vieil éboulement sûrement détrempé et terriblement glissant ? Va pour le chemin boueux.
Effectivement, si le cheminement en sous-bois ne pose pas de problème, l'effondrement qu'il faut traverser est une patinoire raide et déversante. Heureusement un bout de corde est en place et parfaitement disposé pour tirer dessus, et on ne va pas se gêner pour le faire. Le reste est une formalité pourvu de prendre soin de ne pas secouer les branches basses encore lourdement chargées d'eau de pluie. Si quelques parapentes ornaient le ciel en arrivant sur le parking du funiculaire, c'est maintenant la purée de pois. Sachant l'incroyable instabilité de la masse d'air, l'inquiétude ne nous ronge pas plus que ça.
Bonne surprise en arrivant sur l'aire de décollage Est, les nuages n'occultent plus le paysage, restent des nuages bas sur l'atterrissage mais ils se désagrègent rapidement dans le vent d'ouest. L'autre bonne nouvelle c'est l'absolue solitude régnant sur le Plateau des Petites Roches ! Il n'y a pas un chat ! Tranquillement nous prenons place sur le banc pour nous apercevoir de l'humidité, les herbes sont gorgées d'eau ! L'option moquette nous semble la meilleure pour préserver nos vieilles voiles d'une bonne rincée d'eau fraîche. En passant devant Prevol on en profite pour y faire un tour voir où en est le cadeau que j'ai fait à Hélène, une ultralite 5 toute bleue. Comme prévu, la commande est dans les tuyaux, ma douce volera quelques jours encore avec la 4.
Sur la moquette il n'y a pas plus de monde qu'au décollage Est ! Quel bonheur d'évoluer sur ce grand espace sans personne pour nous embêter, dire qu'il y a 4 jours ils étaient 10 000 ici ! Nous étalons donc nos parapentes sans souci de placement ni de dérangement. Cette tranquillité incroyable n'est pas sans évoquer la douce musique de Debussy, le silence de nos pas résonne comme des pas sur la neige, en bas nous voyons aussi ce qu'a vu le vent d'ouest et dans le ciel les parfums d'automne tournent comme dans l'air du soir !
La fille aux cheveux de lin s'élance sur la pelouse, au loin les grands sommets de Belledonne se cachent au-dessus d'un fin plafond de brouillard, tandis que le vent dans la plaine se calme doucement. Telle la danse de monsieur Puck j'esquisse quelques pas de travers en attendant qu'un côté de ma voile daigne s'ouvrir avant de rejoindre ma douce au-dessus des doux reliefs semblables aux collines d'Anacapri. Le col est calme, j'en profite pour aller voir la cascade et les nombreux chamois alanguis sur la terrasse des audiences au clair de lune. Dans le ciel ne volent que nos deux voiles, cette douce sérénité est divine, on croirait entendre les préludes de Debussy.
Une fois au sol dans la vallée, la sérénade interrompue, il ne reste plus qu'à plier les voiles, pas âme qui vive ne vient troubler la quiétude des lieux, les fées sont d'exquises danseuses !