facebook pixel
Aller au contenu
  1. Articles
  2. Montagne
  3. Réalisation d'un rêve !
Montagne

Réalisation d'un rêve !

Mis à jour le par Luc Brouillon

Juin 2000, Marc Lassalle réalise un doux rêve... 

Réalisation d'un rêve !

18 Juin 2000, Marc Lassalle - jeune quinqua et paralpiniste lambda pourrions-nous dire- réalise un doux rêve et non pas des moindres : gravir l'Aiguille Verte ! Et double cerise sur la gâteau, Marc en descendra par la voie des airs ! 

Au lendemain de cette belle bambée, Marc prend la plume et raconte cet incroyable week-end. Vous avez peut-être lu la prose de Marc ci-et-là dans les forums de montagne et parapente, et peut-être avez-vous même déjà lu ce texte...

26 ans plus tard, pour le plaisir des mots et de cette belle aventure, je vous dépoussière ce rêve bel et bien devenu réalité !  

Merci à toi, Marc, pour ces mots et cet appel du 18 juin ! 

***

Bonjour,

Je crois que nous avons tous besoin de rêves et qu'il est surtout important d'en réaliser certains. 

Le paralpiniste moyen et passionné que je suis (=alpiniste moyen + parapentiste moyen) a d'abord eu le rêve de décoller du Mont Blanc. 
Lorsque ceci a pu être être réalisé il y a quelques années, nous avons continué, avec mes amis paralpinistes, à mettre sur pied et à vivre de multiples projets en randoparapente et en paralpinisme. Depuis plusieurs années, je gardais au fond de moi l'espoir un peu fou de décoller un jour du sommet de l'Aiguille Verte et ce rêve s'est réalisé ce week-end!!
Avec les deux amis habituels avec qui je pratique la randoparapente, le paralpinisme et le raid à skis, nous avons en effet décollé hier matin du sommet de l'Aiguille Verte :-))))

Voici quelques détails sur le déroulement du week-end. 

Comme il nous paraissait difficile de mener à bien un tel projet seuls (méconnaissance totale des lieux, maitrise tout à fait moyenne d'un éventuel décollage par ventsoutenuà plus de 4000m d'altitude sur des pentes courtes et très exposées, nécessité enventuelle de redescendre en rappels successifs le couloir Whimper rapidement et en sécurité en cas de non décollage du sommet, j'ai pris l'initiative, de façon à mettre un maximum de chances de notre côté, de contacter l'école Antipodes (animée par Jean-Noël Roche, son fils Bertrand, alias Zébulon, et Claire Bernier) pour qu'ils nous aident à réaliser ce projet. 

Zébulon est venu avec nous et le week-end a été fabuleux : 

  • vol d'entrainement le samedi matin depuis l'Aiguille du Midi : vent du nord établi, pas très fort, mais irrégulier avec alternance de rafales et de périodes de calme. Cette fois-ci, l'arête était effectivement déséquipée (crampons et piolet obligatoires) et il n'y avait pas de foehn!! Vol magnifique sur Chamonix (en décollant nord, il y a comme une légère marche devant le déco : plus de 1000m sous les pieds instantanément : superbe !).
  • après-midi : montée au refuge du Couvercle.
  • hier dimanche : lever à minuit (l'éventuelle descente à pied du couloir Whymper doit se faire tôt avant qu'il ne devienne dangeureux car il prend le soleil rapidement dans la journée), départ à 00h30, nuit magnifique (pleine lune), 1430m de dénivelée pour le sommet (dont 600m pour le Whymper lui-même qui était en excellente condition), atteint à 7h en deux cordées de deux. Quelle montagne magnifique avec une vue panoramique exceptionnelle !

    Le décollage s'est fait juste sous le sommet sur une sorte de tout petit vallon suspendu et étroit débouchant sur une des branches de sortie du couloir Couturier (encore une sacrée "marche") parfaitement orienté face au vent irrégulier et parfois rafaleux remontant ce versant de la montagne (mais avec un effet venturi bien marqué, le vent était très faible en l'air dés que l'on avait décollé).
    Assistance super efficace de Zébulon pour nous aider à partir et vol fabuleux : en tirant droit vers le Dru, on arrive bien au-dessus du sommet de celui-ci, petite visite aérienne de l'austère face Nord (avec son couloir, fantastique toboggan de glace et sa fameuse "niche"), puis longs allers-retours dans un air calme le long de la mythique face Ouest dans laquelle se trouvaient d'ailleurs un certain nombre de grimpeurs (directe américaine, pilier Bonatti...), enfin vol balistique de 3000m de dénivelée jusqu'à Chamonix. 

Ce vol est la plus belle combinaison montagne/parapente que j'ai réalisée dans ma vie, les émotions ressenties ont été d'une intensité incroyable et il restera à jamais gravé dans notre mémoire. Le fait  d'avoir pu le partager avec mes deux amis habituels est évidemment un élément supplémentaire de joie. 

Un immense merci à Zébulon qui, par sa compétence, son assistance (pour l'ascension et lors des deux décollages) et sa bonne humeur, nous a permis de vivre ce vol que nous n'aurions évidemment pas été capables de réaliser sans lui. 

Ce mesage est sans doute trop long, mais je voulais vous faire partager notre émotion qui est immense. 

Amicalement, 

Marc Lassalle
19 juin 2000

 

***

Les dessous de l'affaire en détails, par Marc :

" Je me jette à l’eau pour évoquer ce qui est sans doute mon plus beau vol.

J’ai réalisé dans ma vie 138 vols dont la dénivelée entre le décollage et l’atterrissage est supérieur à 1000 m (je ne parle pas d’éventuels gains d’altitude au-dessus du décollage).

Tous ces vols sont des vols montagne, une majorité d’entre eux étant des vols de type paralpinisme en haute montagne (la plupart des vols rando en moyenne montagne font en effet moins de 1000 m de dénivelée).

Après avoir eu la chance de voler de multiples sommets (Cime du Vallon, Aiguille du Midi, Mont-Blanc, Ecrins, Pelvoux, Grande Ruine, Pic Jocelme...), j’avais toujours en tête le rêve de faire l’ascension et de décoller de ce que je pense être la plus belle montagne des Alpes françaises : l’Aiguille Verte.

Avec mes deux amis habituels on savait :

  • d’une part  que le déco au sommet est très engagé et ne permet pas l’erreur ;
  • d’autre part que l’idée de se retrouver seul au sommet et de devoir redescendre le couloir Whymper en rappels successifs ne motivait aucun de nous trois (celui qui reste en dernier n’est en effet jamais certain de pouvoir décoller).

C’est pour cela que j’ai fait appel, pour la première fois de ma vie, à un guide, à savoir Bertrand Roche, alias  Zébulon (guide de haute montagne et ancien membre de l’équipe de France de parapente).

Nous sommes montés en deux cordées là-haut (Zébulon et moi, puis une cordée autonome constituée de mes deux amis) dans des conditions exceptionnelles : conditions anticycloniques, vent quasi nul en altitude, traces excellentes dans le couloir, entièrement en neige (absence  de glace) !

Comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire sur ce forum Le sommet est absolument magnifique et tout à fait minuscule. Il est très difficile de se tenir à deux sur la bosse sommitale ! L’ambiance est extraordinaire et le décollage que nous avons effectué est du type « falaise » avec 1200 m de vide à cinq mètres devant le déco.

Moi qui suis très moyen au décollage (pour ne pas dire mauvais…), je n’aurais jamais pu décoller seul de cet endroit sans assistance.

Le moment où j’ai basculé à la cassure (toujours en courant) et où la voile a fini de se gonfler entièrement une fois en l’air restera un souvenir absolument inoubliable.

Je suis allé ensuite faire toute une série d’allers-retours devant l’incroyable face ouest des Drus (encore à l’ombre à cette heure-là) qui, vue de près, est vraiment très impressionnante : je comprends qu’elle ait fasciné des générations d’alpinistes…

Atterro à Chamonix vers 8h30 et l’atterro du Bouchet était encore recouvert en partie par l’ombre… de la Verte justement.

J’ai fait après celui-ci d’autres vols magnifiques avec Zébulon (Grandes Jorasses, traversée des arêtes de la Meije, Annapurnas), mais ce vol de la Verte a pour moi une saveur toute particulière.

Comme je l’ai souvent écrit, il est important dans la vie d’avoir des rêves, mais il est surtout important de réussir à en réaliser certains.

Amitiés,

A+ Marc

***

Et côté technique : 

Quelques renseignements sur le vol depuis le sommet de l’Aiguille Verte.
Ce vol est absolument de toute beauté (et il y a 3500 m de dénivelée !).

Il est l’un des deux plus beaux que j’ai réalisés dans ma vie de pilote, avec celui de la Tête des Corridors après la traversée des arêtes de la Meije.

J’ai eu la chance immense de le réaliser le 18 juin 2000, depuis, avec le réchauffement climatique et la fonte des glaciers, les conditions là-bas ne sont peut-être plus celles que j’ai connues (?).

1/ Ascension : la montée par le couloir Whymper (600 m) était en super conditions : neige et non pas glace, nombreuses traces dans le couloir (qui était fait tous les jours).
Ce couloir est (je crois me souvenir) à 47° en moyenne sur les 450 premiers mètres, puis il sort à 50°- 55° sur la fin, mais aucun souci au vu des conditions que nous avions eues.
Ensuite l’arête qui mène du col de la Grande Rocheuse au sommet est aérienne, esthétique, mais absolument débonnaire.

2/ Décollage : c’est le gros problème de ce vol !
En effet le sommet est tout petit : c’est une bosse neigeuse sur laquelle on peut se tenir au  maximum à deux et il y a des pentes fortes tout autour.
On ne peut pas étaler une voile au sommet (il n’y a pas la place).
Orientation des décollages possibles :
- J’avais lu (me semble-t-il) dans un ancien numéro de Parapente Mag que Pierre Pagani et ses amis avaient décollé en direction sud-ouest. J’ai du mal à le croire : la
pente est très soutenue et il n’y a aucun droit à l’erreur ; si c’est bien alimenté et que l’on peut gonfler sur place peut-être ? Mais je n’y crois pas vraiment…
- Le décollage « classique » de là-haut (ce vol est très rarement fait, alors « classique » ?) se fait sur la « calotte » face à Chamonix. Cette pente est orientée nord-ouest, ce qui est souvent le cas là-haut ; il y a pas mal de place devant (de l’ordre de 30 m à 40 m avant d’arriver au versant Nant Blanc ?), mais à cause du vent cette pente est souvent en neige très dure, voire gelée : décollage en crampons conseillé avec quelqu’un pour tenir la voile (pour qu’elle ne glisse pas), ou système de fixation au sol (piquets dans la neige comme sur mon Ultralite ou autre
système…).
- Nous n’avons pas décollé de là car le vent météo était faible, mais de direction nord-est ; Zébulon (avec qui nous avons fait cette course) nous a fait descendre d’une
vingtaine de mètres sur la calotte, puis nous a fait tourner à droite pour arriver à un petit vallon suspendu de faible pente et qui était en neige douce (pas de glace). Mais
comment est-il maintenant, 26 ans après ? C’est un peu un déco « falaise » ; la pente faible ne permet pas de décoller avant la grosse cassure située quelques mètres devant (celle-ci débouche sur un des couloirs de sortie du Couloir Couturer avec 1200 m de gaz, c’est très impressionnant). Il faut attendre une bouffe, gonfler sur place, courir de façon tonique et ne pas freiner avant la cassure !
En résumé : orientations de décollage possibles (d’après moi) :
- sud-ouest : bof !
- nord-ouest : bon, mais déco envisageable crampons aux pieds si neige dure ou glacée ;
- nord-est : possible pour nous, mais aujourd‘hui ?
- autres directions : je pense que ce n’est pas jouable.

3/ Vol : une fois en l’air cela vaut la peine de passer à proximité du couloir nord des Drus (quel toboggan de glace !), puis d’aller faire quelques allers-retours le long de la fantastique face ouest des Drus ; je comprends pourquoi cette face incroyable a fasciné tant
d’alpinistes !
L’atterro de Chamonix doit être à finesse 2 (environ ?) du décollage, ce qui ne pose pas trop de problème pour le rejoindre, surtout que l’on doit monter là-haut très tôt (à cause du dégel du couloir Whymper) !

Remarque : prévoir du matériel de rappel (corde assez longue, descendeur) si on ne décolle pas et qu’il soit nécessaire de descendre le couloir en rappels successifs (des anneaux métalliques sont installés à demeure pour cela en rive gauche du couloir).

Je te souhaite vraiment de vivre ce vol un jour…
Si tu as des renseignements complémentaires à me demander, n’hésite surtout pas !
Si tu as la chance de faire ce vol, tu nous raconteras…

Amicalement et bons vols !
Marc Lassalle

 

L

Écrit par

Luc
Ses articles

Aucun commentaire

Une remarque, une question ? Lancez la discussion.

Commenter
Montagne

À lire aussi

Tous les articles
Montagne

Les affiches de Femmes en montagne

« Avec la création de ce Festival, nous espérons encourager les pratiquantes des sports de montagne à prendre une caméra et à réaliser elles-mêmes des films sur leurs aventures ou celles de femmes inspirantes qu’elles fréquentent dans le milieu de la montagne. » Tanya Naville – Directrice du festival de films Femmes en montagne  

LLuc
Montagne

Le saviez-vous ? La naissance de l'alpinisme

Il n'est pas facile de situer la naissance de l'alpinisme. Si l'on caractérise l'alpinisme comme une pratique volontaire consistant à effectuer des ascensions sur des monts, alors, nous pouvons dire que sa naissance date de 1786 avec la première ascension du Mont Blanc. En effet Le 7 août 1786, le Mont Blanc est gravi par Jacques BALMAT et Michel Gabriel PACCARD après qu’Horace Bénédicte de SAUSSURE ait promis une récompense au(x) premier(s) à fouler le toit de l’Europe.

AAlexisLynkx