Récit
Aujourd'hui, j'ai envie de changer d'air, direction les Aravis. C'est pas la porte à côté mais bon, j'y vais jamais.
Arrivé aux confins - du monde, c'est le cas de le dire - il faut bien reconnaître que le paysage est superbe, chalets de catalogue, prairies rases comme sur une maquette et des cloches qui sonnent de tous les côtés. Les odeurs musquées des vaches sont portées par un doux zéphyr, on dirait la Suisse. Je craignais une présence trop insistante de la station mais il n'en est rien, finalement je ne regrette déjà plus d'être venu.
Les combes se succèdent par un sentier efficace, pas de montagnes russes et bientôt l'altitude est acquise. Une brise descendante accompagne ma montée, elle est glaciale et assez vigoureuse, mais comme l’itinéraire se déroule en face ouest encore à l'ombre, je ne m'inquiète pas plus que ça. J'arrive au lac en même temps que le soleil, ambiance paisible et sereine. Personne en vu, les grandes vacances sont terminées. C'est sous le sommet de l'Ambravetta que je rattrape un randonneur, compte tenu de la forme du sac et du casque qui le chapeaute, j'en conclu que c'est un parapentiste. Il file directement au sommet pendant que j'hume l'air ambiant... Bonne brise de face, ça devrait le faire pour le retour en vol. Alors que j'arrive au sommet de Tardevant, le parapentiste redescend déjà, nous échangeons nos perceptions des conditions et à en juger l'accent, aucun doute n'est possible, c'est un savoyard: - Vous alleeeez décolleeeer ou bieeeen ?
Alors que je choisi la pente la plus débonnaire juste sous Ambravetta, mon camarade du jour opte pour une niche dans la prairie sous le sommet. Nous étalons les voiles tranquillement, séparer l'un l'autre par même pas deux cents mètres. La brise est parfaite pour le décollage. Je prends mon envole le premier... Moi qui pensais lui passer par dessus la tête c'est raté, après un décollage facile, je me prends une monstre dégueulante... Il décolle juste derrière moi et ne sera pas du tout gêné par la brise descendante. Finalement je m'échappe de cette vilaine brise et la fin du vol, bien que courte, est tranquille et belle.
Nous atterrissons dans le même champ et faisons connaissance, il est guide, je suis informaticien, je lui fais remarquer qu'il a bien de la chance, faire de la montagne quand on est en congés d'un métier de guide, voilà qui montre une passion sans égale. Comme si j'allais faire des programmes pendant mes congés ! Heureux ceux qui font de leur passion leur métier !!!! Bref nous échangeons nos impressions sur le vol, c'est bien là un des grands avantages de faire de la montagne en groupe, on peut partager! Luc, puisque tu n'a pas pu venir aujourd'hui, régales-toi ces jours prochains, les conditions sont divines. Moi je retourne à mes programmes...
En attendant je profite encore un peu de la Savoie, confortablement installé face aux montagnes en écoutant encore une fois ce merveilleux Hallelujah interprété divinement par l'immortel Jeff Buckley du haut des étoiles.

Tardevant