Une rando mémorable, très originale, avec son excitant final rocheux succédant à la longue pérégrination à travers la minérale Casse des Oules (attention, pour y accéder, il faut d'abord descendre de presque 100 m. après le Col Perdu et prendre ensuite le sentier de droite !), avec le Pic en constante ligne de mire, masse de plus en plus imposante et dont on se demande comment on va bien pouvoir l'escalader.
De fait, au Col des Portes (et même bien avant), on voit bien la brèche entre le sommet principal à gauche et le "petit" sommet à droite. Mais une fois la brèche atteinte (la trace se redresse fortement à la fin), j'ai été pris d'un doute : par où passer ? C'était pourtant bien le bon endroit : à ma droite, il y avait bien l'immense mur du "petit sommet" (antécime) percé d'un trou... Une corde fixe dans la paroi à gauche était bien tentante : elle m'a mené au pied d'une belle voie d'escalade (spits), mais j'ai bien vite compris que, seul et sans corde, je n'avais pas intérêt à insister ! De retour à la brèche, j'ai failli renoncer et redescendre... Heureusement j'ai entendu des voix (des vraies !!!), puis j'ai vu 7 silhouettes qui grimpaient lentement dans ma direction, et je me suis dit : sauvé !... Et en effet, le salut vint du groupe de 3 hommes, 1 femme et 3 enfants qui accédèrent à la brèche peu après : je me suis dit que si tout ce monde avait fait l'effort de venir jusque là, ce n'était pas juste pour casser la croûte à cet endroit venté et inconfortable... Après quelques palabres, il est apparu que les 3 hommes étaient décidés à aller jusqu'au sommet, et je me suis empressé de me joindre à eux, trop content ! On est donc redescendu de quelques mètres de l'autre côté de la brèche, et on a escaladé à gauche le gros bloc coincé qui marque le début de la grimpette finale (fallait savoir - ça m'apprendra à ne pas consulter le topo de bivouak !). Ensuite on a continué un peu derrière dans la trace, puis très vite on on a grimpé à gauche en zigzaguant dans les blocs (raide, mais petite escalade facile), et bientôt on est sortis au sommet. Vue grandiose, bien sûr, photos, et tout et tout. Mais un peu plus loin, un second sommet, un peu plus élevé semblait-il, nous narguait : un des 3 hommes, le plus expérimenté apparemment, décide d'y aller : je le suis. Un tout petit parcours d'arête, très facile, deux pas d'escalade, et hop, on y est. On ne s'attarde pas, on rejoint les deux autres, et le quatuor redescend comme il était monté, en faisant bien attention aux chutes de pierres dans la redescente vers la brèche.
A la brèche, tout le groupe se retrouve, sort son pique-nique, blague et se détend. Je me restaure moi aussi, un peu à l'écart.
Je redescendrai ensuite comme je suis monté, seul, laissant le groupe salvateur prendre les devants, heureux, bien sûr, de cette superbe expédition que j'avais été à deux doigts de louper après tant d'efforts, à cause d'un bête bloc coincé qui m'avait caché l'accès à la montée finale...