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Voilà longtemps que nous voulions visiter ce fort perdu à l'extrémité nord du massif de Belledonne. Nous laissons la voiture à Chamoux-sur-Gelon pour enfourcher nos infatigables bicyclettes à assistance électrique. Cette montée que nous avons toujours faite à pied pour nous arrêter au site de parapente est beaucoup moins penible à vélo. Nous observerons toutefois une pause au-dessus du village de Montendry mais la proximité immédiate d'une dizaine de ruches bourdonnantes ne tardent pas à nous chasser de ce banc pourtant si confortable.
Nous poursuivons jusque sous le décollage des Grangettes où la petite route devient piste graveleuse, la solitude des lieux et la beauté de l'épaisse forêt nous fascinent, cette dernière nous préserve par ailleurs de l'écrasante chaleur que nous inflige le soleil cuisant. La piste nous conduit à un endroit hors du temps, pratiquement au sommet de la montagne se trouve une splendide tourbière entourée de sombres conifères. Figurez-vous que l'endroit regorge de plantes carnivores, le rossolis à feuilles rondes, on se croirait subitement revenus au temps des dinosaures ! Il règne sur l'immense prairie gorgée d'eau un silence inquiétant, pourtant l'eau sourd entre les touffes, c'est d'ailleurs ici que naît le Gelon, la rivière qui arrose plus bas La Rochette. Je me hasarde à pénétrer dans la tourbière sans trop m'y enfoncer par crainte, non pas de me faire bouffer par les plantes carnivores, mais plutôt de laisser une chaussure coincée dans la boue profonde.
Après avoir fait le tour de ce qui ressemble à un lac étouffé par la végétation, nous faisons un petit détour pour visiter l'une des nombreuses batteries construites au début du siècle dernier. Là aussi l'endroit est mystérieux, au sommet de la Tête Lasse, une ruine envahie par la végétation présente des murs épais à moitié effondrés. L'accès, aux risques et périls des visiteurs, permet de voir les grandes salles semi-enterrées où se trouvaient d'énormes canons sensés nous protéger de l'ennemi transalpin. Quant au Fort de Montgilbert un peu plus loin, nous n'en verrons que l'entrée, c'est plein de barbelés et de grilles infranchissables. C'est dommage l'édifice est monstrueux et pouvait bien loger un millier de bidasses. Nous pique-niquerons ici avant de dévaler les 1300 mètres de dénivelé par une piste fantastique réclamant par moments équilibre et finesse dans ses parties les plus raides. Ces visites ayant pris plus de temps que prévu, nous mettons les bouchées doubles, notamment dans quelques petites remontées exténuantes nous faisant suer sang et eau. C'est que nous avons un impératif médical, la visite de contrôle de mon opération cardiaque, et je n'ai pas le temps de passer me doucher à la maison. On improvise, puisque l'itinéraire le plus court passe non loin du lac de Carouge, je vais rapidement plonger dans ses eaux poissonneuses pour me frictionner la couenne, évitant ainsi de passer pour un gros porc devant la chirurgienne.

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| 29-09-2014 | Ceux qui étaient avec moi hier m'avaient prévenu. Cà a été dur, t... | |||
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