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Ce matin, alors que nous pensions rester au lit, Jean-Pierre nous appelle pour connaître le programme, j'allais quand même pas lui dire qu'on ne faisait rien ! Alors nous voilà partis malgré une météo très pessimiste vers le Sarrat de Culège, le premier sommet de la longue crête qui part de Luchon vers le nord pour finir côté Comminges. Son altitude modeste devrait nous épargner une progression trop pénible dans la neige fraîche de ces dernières 48 heures. Nous partons depuis Cazarilh via Trebons, deux petits villages magnifiques suspendus sur les pentes abruptes du Sarrat de Culège. Leurs charmantes églises respectives sont forcément placées à l'écart sur le seul replat aussi minuscule soit-il, à l'écart des maisons elles-mêmes perchées sur les coteaux vertigineux. En commençant la balade, on se regarde dubitatifs, le ciel offre des couleurs sinistres qui pourraient susciter la morosité si nous n'étions pas, Hélène et moi, galvanisés pour monter là-haut. Il faut dire que le compte-rendu de la sortie de ski homérique d'hier du Pyrénéen avec Charles et Virginie nous est resté en travers de la gorge ! On aurait bien été avec eux !
La balade sur ces vieux sentiers est magnifique, ils sont taillés dans la roche sans doute depuis des millénaires avec ici et là des restes de cabanes de bergers, une seule est encore pimpante. L'unique souci c'est que plus on monte plus le mauvais temps annoncé semble s'approcher inexorablement. Déjà des nuées humides apparaissent à différentes altitudes et notamment sur notre objectif. Pas question de décoller depuis la plateforme intermédiaire, nous irons jusqu'au sommet, les pieds dans la neige fondante et glissante. Devant l'urgence d'un décollage avant le mauvais temps, je presse le pas plus que de coutume quitte à mettre le cardio dans le rouge.
Nous arrivons en-haut en même temps que passe un nuage chargé de neige et plus épais que les autres. Néanmoins les pourtours du cumulus laissent apparaître la vallée, de plus le calme total qui règne là-haut nous incite à déplier les parapentes pour les étaler sur la neige trempée sous l'œil étonné de Jean-Pierre. C'est un peu la précipitation quand les premiers flocons s'écrasent sur nos toiles encore craquantes sur l'intrados. Hélène étant la première prête, elle prend son envol en courant sur la neige épaisse et molle, la vaillante Ultralite 5, toujours prompte à se gonfler, se charge de lui faciliter la tâche. Elle s'envole finalement très bien et file entre les nuées sombres.
Jean-Pierre, tout à l'heure septique, se décide aussi à s'envoler quand il se rend compte avoir perdu ses lunettes de soleil polarisantes. Étant moi-même prêt au départ, je décide de décoller quand je m'aperçois avoir perdu mes gros gants... Nous voilà tous les deux en train de courir sur la neige en tout sens tout en gueulant pendant que l'averse de neige se renforce dangereusement. L'excitation se transforme en précipitation, mais où sont mes putain de gants ? Si Jean-Pierre retrouve enfin ses lunettes de soleil qui, soit dit en passant, ne servent à rien aujourd'hui, impossible pour moi de retrouver mes beaux gants. Devant la baisse soudaine de la visibilité et la brutale inversion de l'orientation du vent, je décide de laisser tomber les gants fourrés, on en rachètera encore une fois une nième paire à Soaring
Je m'envole entre des flocons de neige gros comme des têtes de chat, l'ambiance est hivernale, au détour d'un nuage j'aperçois Jean-Pierre lui aussi entre les nimbes, il faut cligner des yeux avec les flocons tombant à l'horizontale. Le problème c'est que plus on descend moins il fait froid, la neige devient pluie, une averse drue sur les lunettes qui seraient plus efficaces avec des essuie-glaces ! Le récit terrifiant de Laurie Genovese affrontant les affres de la pluie en vol nous revient à la mémoire, avoir à gérer de brusques phases parachutales ne nous amuse pas plus que cela. Heureusement la pluie n'est pas aussi sévère, il serait étonnant que nos aéronefs de papier nous fassent le coup de la panne.
Hélène atterrit à côté d'une camionnette de chantier dont les essuie-glaces tournent en position rapide ! Même le train rouge arrivant justement en gare a son grand balai en action sur l'immense baie vitrée qui lui sert de pare-brise. Jean-Pierre et moi atterrissons presque ensemble. Après le traditionnel selfie nous fourrons les trois parapentes trempés en vrac dans la bagnole, pas question de plier les voiles sous la pluie qui a déjà bien mouillé l'herbe et la route. Cela dit nous sommes quand même drôlement contents d'avoir réussi ce vol rando que nous pensions impossible à réaliser aujourd'hui. Pour fêter ça, nous nous retrouvons tous à Montmajou pour y déguster un ragoût de chevreau savamment préparé par Danielle revenue de Provence, elle aussi sous une pluie battante.
Ps : Bonne nouvelle, en fouillant dans mes poches de doudoune à l'atterrissage j'ai la bonne surprise d'y trouver mes gros gants !!!

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