Quand j'arrive au sommet de la Peyrouse, c'est avec le moral dans les chaussettes, il y a beaucoup trop de vent du sud. Hélène, qui est déjà là-haut depuis quelques minutes, me confirme la sentence : le vent est résolument trop fort.
Pourtant ce matin toutes les météos sont d'accord, le vent est faible avant une reprise tumultueuse pour les quatre prochains jours. Nous partons donc la fleur au fusil, d'autant plus jovials que le brouillard qui devait trainer à l'atterrissage n'est absolument pas gênant, il se cantonne au village voisin célèbre pour ses saucissons à cuire, les fameux Murçon. La balade est toujours aussi charmante depuis Notre Dame de Vaulx : traversée du village, promenade champêtre avant de remonter une belle pente herbeuse entre hêtraie et pins maritimes isolés tordus par les plus âpres vents. Avec le soleil tamisé c'est somptueux mais plus on monte plus le vent est sensible, d'abord de nord, il tourne progressivement au sud en se renforçant.
N'étant pas du niveau des concurrents de la X-Alps, loin s'en faut, il n'est pas question d'envisager, ne serait-ce que de sortir les parapentes de leur sac, et encore moins de décoller. On se remonte le moral comme on peut, nous sommes bien vivants, la vie est belle et nous pouvons même redescendre en empruntant un autre sentier, pour faire une boucle romantique. Néanmoins par acquis de conscience, j'examine sur internet les différentes balises météo du secteur, le vent n'est pas si fort, même sur le Sénépy tout proche, pourtant souvent agressé par une brise tonitruante. En attendant une hypothétique baisse de régime du vent du sud nous goûtons à sa juste valeur une barre de céréales roborative sans se faire trop d'illusions, il paraît que ça doit forcir.
C'est à ce moment que le miracle se produit, le vent baisse ! Hélène est là première à proposer le retour par les airs. Je suis dubitatif car la balise du Sénépy s'affole de plus en plus ! Un troisième larron nous manque cruellement, envoyer ma douce en fusible dans une masse d'air un peu trop mouvante ne m'enchante pas plus que cela. Allez, on se dit que les risques sont mesurés, alors on déballe son parapente, vu le vent ce n'est pas la peine d'étaler largement, la mienne attendra même sagement dans le sac le temps que j'assiste Hélène pour son décollage. Finalement elle s'envole facilement dans un air relativement laminaire. Sa trajectoire étant linéaire je suis rasséréné pour la suite de son vol et accessoirement pour le mien. Comme j'aimerais faire comme les kadors d'Instagram qui jette négligemment leur aile avant qu'elle ne se gonfle instantanément sans même toucher le sol !
Impossible d'étaler le parapente sans qu'il ne se chiffonne dans tous les sens. mais je connais ma Masala, je la sais docile et bienveillante. Effectivement elle se gonfle impeccablement et me tire immédiatement vers le ciel. La suite est une longue glissade vers la vallée, tenir en dynamique devant le sommet n'est pas ma tasse de thé. Le vol, sans être calme, n'en reste pas moins superbe et agréable, ça descend lentement face au vent. Hélène depuis le terrain d'atterrissage m'annonce à la radio un vent du sud, on s'en serait douté, d'ailleurs la flamme installée ce matin ne nous est d'aucune utilité. Je me pose à ses côtés avant de rire ensemble de ce vol facétieux totalement inespéré.