Sortie : Lac de l'Ane

Lac de l'Ane

Données de la sortie

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  • Date : 22-06-2020
  • Durée : 3
  • Dénivelé : 600 m
  • Participants : Irène

Données de l'itinéraire


20 juin, 10h30

Chalets de Rieux Claret. Les moutons sont de retour. Un grand troupeau est parqué proche de la route, à quelques encablures du torrent qui gronde. Tout autour de l’enclos, les pelouses sont grasses, constellées de fleurs. Le rose des rhododendrons tranche avec le vert intense de l’herbe drue. De l’autre côté de la vallée, les cimes étincelantes des Grandes Rousses étalent leur blancheur sous un ciel bleu pur. Juin dans tout sa splendeur !

Le sentier s’élève tout d’abord en longeant plus ou moins le torrent jusqu’aux ruines du chalet des Solliet. Il n’en reste plus qu’un carré de pierre mangé par les herbes folles et un vestige de toit en tôle. De là, la vue sur le lac de Grand Maison est magnifique. Il est étrange de se dire que les derniers occupants des lieux avaient sous leurs yeux, à la place de l’immense étendue d’eau, une profonde vallée sauvage.

Mais les besoins en énergie et l’ingénierie humaine ont décidé il y a une quarantaine d’année de créer un paysage complètement différent. En contrepartie d’avoir bouleversé toute une vallée, des bouquetins, depuis longtemps exterminés ont été réintroduits sur le versant Belledonne. C’est probablement leur descendant directs que nous croiserons tout au long de ces deux jours autour du lac de l’Âne. Ils sont d’ailleurs tous étiquetés, comme des bêtes d’élevage. Certains portent des colliers GPS. Depuis, ils ont essaimé un peu partout dans le sud du massif mais curieusement se sont encore tenus à l’écart de toute la partie nord, au delà du col de l’Argentière.

Une fois passé les ruines du chalet, on grimpe encore un peu pour prendre pied sur un sentier en balcon qui évolue parmi la lande à myrtilles, genévriers et rhododendrons. Le sentier en terre battue est parfaitement plat et on a tout le loisir de flâner le nez au vent. Au loin dans les pentes, nous voyons nos premiers bouquetins de la journée. C’est un groupe de quelques vieux mâles qui semble en plein conciliabule. Deux vautours venus du sud s’invite dans le ciel et après deux ou trois cercles au dessus de nous, continuent leur route vers le nord. Un peu plus tard, sous les pentes menant à la brèche qui permet de basculer vers le vallon du lac, ce sera une escadrille d’une dizaine d’individus qui ira dans la même direction !

L’accès à la brèche ne nous semble pas très commode après ce sentier en balcon paisible et confortable. Là, la trace se perd un peu et les névés qui barrent les pentes ne facilitent pas la lecture et la progression ! En haut, un peu sur la gauche un cairn imposant se dresse et à défaut d’autres repères on se dirige vers lui en crapahutant dans les pentes qui se redressent. On a perdu toute trace de sentier et on reste dubitatifs alors que de l’autre côté, des falaises abruptes nous accueillent : on ne va pas pouvoir redescendre pas là ! Un groupe de trois personnes nous a suivi dans nos pérégrinations et semblent tout aussi perdus que nous. Heureusement, en remontant l’épaule un peu vers le nord, on tombe forcément sur la brèche, seul point de passage facile sur la crête sud issue du Rocher Pilliozan.

Une courte redescente et on entame ascension finale, dans des pentes de plus en plus minérale, à la végétation rase et gorgée de l’eau de la fonte des névés qui sont de plus en plus présents au fur et à mesure que l’on s’élève. La trace se perd rapidement mais les nombreux cairns laissent peu de marge d’erreur dans l’orientation et il ne s’agit plus que de choisir les passages les plus commodes parmi les rochers et la neige pour atteindre le verrou du lac.

Là haut tout est blanc ! Le lac est encore au tout début de la débâcle et un ourlet bleuté ceint la vaste étendue de glace. Les pluies ont creusées des sillons sur tout les versants, sculptant la neige, rajoutant de l’esthétisme à ce paysage fabuleux. On sera même gratifié par le vol majestueux d’un gypaète barbu, filant droit dans le ciel. Malheureusement, les nuages se font présents, puis pressant, le vent s’est levé et malgré la beauté froide des lieux et les couches qui s’empile, cela devient un peu désagréable ! On décide alors d’aller repérer un coin pour notre bivouac. Marcher nous réchauffera !

Les abords et l’aval du lac sont détrempés par la fonte des neiges, il va falloir s’élever un petit peu sur l’adret du vallon. On repère au pied du Rocher Pilliozan une épaule qui semble plate et où l’on distingue à la longue vue un cairn. Un petit quart d’heure plus tard, nous voilà sur une belle plateforme herbeuse, très plate, pile aux dimensions de notre tente, à l’abri du vent et une vue grand angle allant du col du Glandon jusqu’au Grand Pic. Au sud et à l’est, notre bastion est défendu par des parois abruptes, peuplées de bouquetins et de chamois. Au nord, l’épaule du Rocher Pilliozan se raidit. A sa base, une grotte attire les regards. Notre coin est tout trouvé et il n’y a plus qu’à attendre le soleil.

II décide de montrer de nouveau le bout de son nez en fin d’après-midi. On file de nouveau au lac, magnifié par les lumières de fin de journée. Il n’y a pas un chat, nous sommes seuls dans cette immensité de roche, de glace et de neige, étincelante. C’est vraiment grandiose ! C’est la faim qui nous fait quitter les lieux et on regagne notre nid d’aigle bien caché sur la crête pour un bon repas.

Un peu plus tard, une étagne viendra nous espionner et nous espionnerons à notre tour une mère et son petit en plein jeu. Il y a des bouquetins partout dans le vallon en contre bas ou sur les abrupts en face. Un fugace chamois traverse aux aguets leur territoire. Le vent est complètement tombé, l’atmosphère douce et on savoure les derniers rayons du soleil qui passe sous le Pic de l’Agnelin. Le petit massif du Rissiou et les Grandes Rousses encore accrochées par les nuages s’illuminent peu à peu pour flamboyer avant de s’éteindre avec la nuit.

21 juin, 5h10.

Le chant d’un lagopède tout proche me tire du sommeil. Il me fait penser à une sorte d’horloge mécanique que l’on remonterait. J’hésite à sortir de mon cocon en duvet mais l’envie de finir ma nuit se mêle à celle de ne pas déranger l’oiseau. Il grince encore deux ou trois fois puis je me rendors.

 

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