Viviane Dautrevaux
05-01-2010 04:59:51

25 septembre 2009, 14h. Nous avons perdu pas mal de temps dans la montée du Tacul (ma frontale HS) puis à la rimaye du Mont Maudit à cause des sagouins qui descendaient, il a fallu attendre puis refaire la trace qu’ils avaient dévastée Remontée très pénible du Mur de la Côte. Le sommet a été atteint, c'est le principal... avec pour nous accueillir un petit drapeau tibétain et un coup de tonnerre sur l'Italie, puis un autre. D'énormes développements convectifs invitaient à décoller le plus vite possible. Légères bouffées de brise de SW, très faibles et irrégulières, pas question d'attendre que le congestus se mette à tirer, nous avons décollé vers le col Major (c'est encore en France, hé oui, idem le Mont Blanc de Courmayeur) et droit dans le nuage qui montait de l'Italie, en longeant l'arête des Bosses. Cela montait... je suis passée très haut au-dessus de Vallot, puis direction le petit Plateau, et je montais, mon ombre portée au sol n'avançait pas, j'étais en train de me faire tirer par le congestus, et peut-être par le cunimb derrière ? Angoisse et hop, une série de 360... sortie, et je montais encore, une autre série de 360 et je peux dire qu'avec l'Ultralite de 19m² cela envoie fort ! Sortie, mon ombre avançait enfin, ouf ! J'ai repris pas mal d'altitude devant l'aiguille du Midi et j'ai passé les câbles à hauteur de la gare supérieure, restant scotchée là plusieurs minutes dans la grosse ascendance habituelle, je suis allée la quitter devant le Peigne puis j'ai pu descendre sur Chamonix, dans une aérologie très compliquée à cause des gros développements convectifs sur les deux versants de la vallée. Ma copine, qui avait décollé 10 minutes avant moi dans une bouffée de brise isolée, a fait un vol calme et sans histoire. Les conditions évoluent très vite au Mont Blanc, le décollage et le vol peuvent être tout à fait débonnaires, ou très compliqués, souvent impossibles. Se faire prendre là-haut par le mauvais temps peut rapidement conduire à un désastre si on ne peut pas atteindre Vallot parce qu'il y a trop de vent ou qu'on ne voit rien, que l'altimètre et la boussole font n'importe quoi. J'ai connu des alpinistes qui ont été foudroyés par grand beau temps, j'en ai connu qui ont bivouaqué 3 jours et 3 nuits dans une crevasse par gros mauvais temps pour s'abriter du vent et ne pas geler trop sévèrement. Il ne faut pas rigoler avec le Mont Blanc. J'y étais déjà allée plusieurs fois, dont deux avaient abouti au sommet. Le 25 septembre j'ai pu décoller limite, un quart d'heure plus tard c'était sans doute devenu impossible et il aurait fallu descendre à pied sur le Goûter. Je pouvais le faire en solo, pas ma copine, c'est pour ça qu'elle a décollé la première. A mon avis il faut coter ce vol comme extrême. Des mauvais peuvent le réussir par conditions parfaites, même les meilleurs peuvent y laisser leur peau quand cela devient mauvais. Je le déconseille très vivement aux pilotes qui n'ont pas une grande expérience de la haute montagne et de l'alpinisme en conditions hostiles.

 

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