Récit
J'enrage, après une semaine somptueuse, voilà que le temps se détraque à l'approche de la trêve hebdomadaire, c'est pas de bol. Puisque c'est ça, direction Moutiers... C'est toujours là qu'il y a le moins de vent. Il a dû bien pleuvoir hier soir si l'on en juge à la texture plutôt molle et visqueuse du sentier. Les feuilles, lourdes de pluie, se penchent à mon passage pour me rafraichir, celles des nombreux châtaigniers montrent des faces miroitantes finement ciselées. Au sol, l'humidité favorise la pousse mycologique, il y a des champignons de toutes sortes et notamment des bolets magnifiques, mais avec un chapeau très gluant... je préfère les laisser. La montagne de Valmorel est bien entretenue, chaque embranchement de sentier est équipé d'un panneau rappelant mon objectif, ceci depuis le petit hameau de Fey le dessus. Voilà qui simplifie grandement la progression.
Cependant les indications suivent volontiers les larges pistes aux pentes trop raisonnables. Il me faut donc sortir le GPS pour optimiser le parcours. Quelques prairies ponctuent le parcours de clairières dégagées peuplées de hameaux figés dans le temps. on pourrait presque voir de vieux paysans des temps anciens sortir des maisons en sabots et blouse bleue, c'est beau, nous sommes bien dans la riche Savoie des ducs. Voilà une balade agréable, à la fois si proche et si loin de la civilisation. Une fois sur la longue crête qui monte lentement vers le sommet, le point de vue sur les constructions de Valmorel se fait plus net. Étonnant foisonnement de constructions massivement regroupées en une petite ville sortie du néant. La station a tissé sa toile sur la montagne, elle déploie ses fils vers le col de la Madeleine sans retenue. Heureusement sur Crève Tête, absolument aucun équipement ne vient souiller les flancs couverts d'une épaisse forêt sombre et humide. Tout au plus quelques appareils de déclenchement des avalanches colorent le versant Est, des Patators géants flanqués d'une cabane qui abrite une dizaine de longues bonbonnes de gaz, ça doit faire un sacré barouf en hiver. En parcourant la crête, il faut se rendre à l'évidence, le vent devient de plus en plus fort, une brise thermique matinée d'un vent météo annonce la couleur, ça va burler au sommet.
A la croix, hélas la bise est un peu forte. Compte tenu de l'orientation qui n'est pas optimum et de la pente qui ne permet pas l'approximation, je préfère redescendre un peu vers le sud où la pente est large et débonnaire. D'ailleurs il y a déjà une flamme qui s'agite vigoureusement au dessus d'une cabane à patator. Ici, la brise est résolument d'est, la voile est mise grossièrement au sol, après une rapide vérification qu'il n'y ait pas une clé, je tends les ficelles, le gonflage est immédiat, une bonne reculade de deux ou trois mètres et hop ça part comme un bouchon de champagne, au vent du relief et tout contre lui, ça tient facilement. Seulement les conditions venteuses ne m'inspirent pas. Je reste un peu devant et puis quand je suis largement au dessus du relief, j'opère un demi-tour coté col, pour avoir un maximum de gaz au passage sous le vent. Opération parfaitement réussie, il ne reste plus qu'à profiter de la glissade et 15 minutes plus tard, je me pose juste à coté de la bagnole dans l'herbe encore détrempée, la voile est enfournée dans le coffre sans pliage, on fera ça plus tard.

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