Récit
Ce matin, entre les terribles nouvelles d'outremer et le temps plus que douteux, je n'ai pas bien envie de partir, pourtant quand les premières notes de Peer Gynt ont sonné, un coin de ciel bleu s'est dégagé, impossible de rester. La musique de Grieg et surtout la pièce de Ibsen ont toujours été pour moi une source inépuisable de bonheur. Errer sur les Monts des Rondanes... De la hauteur, je veux me purifier dans le bain des plus âpres vents. Certes le Vercors n'est pas immense comme la Norvège, cependant on y trouve des petits airs de pays nordique.
Cela fait une éternité que je ne suis pas allé au Pic saint Michel en ski de rando, aussi, ne me fiant qu'à ma mémoire défaillante, je me gare beaucoup trop bas. La première montée jusqu'au gite me paraît bien longue et surtout l'absence de toute trace me semble bizarre. Bientôt je double le splendide parking et retrouve une trace facile après un bon bourinnage dans la soupe.
Faute de cochon géant à chevaucher, j'ai chaussé les escalopes pour tracer dans une neige des plus humides et lourdes. A sa monture on reconnaît le noble ! Plus le temps passe et meilleur est le temps, néanmoins point de château du roi de trolls en vue, au bout d'un horizon qui ne cesse pourtant de grandir. Si je voulais du vent, je suis servi, au sommet, une bise glaciale gèle la neige humide de la veille.
La belle poudreuse n'est plus qu'un lointain souvenir, la descente commence par une tôle glacée, se poursuit par une neige juste revenue assez agréable, pour finir par une soupe profonde et lourde pas très commode dans la petite zone boisée. Bref pas du grand ski bien que j'ai pu faire quelques petites séries de virages jubilatoires.
Louons Grieg d'avoir écrit une si belle musique propre à motiver le plus mou des randonneurs, et remercions également France Musique d’émettre cette musique à l'heure du départ dans son intégralité. Il est à noter que la version chantée en norvégien et parlée en français de Guillaume Tournière diffusée ce matin est – à mon avis – la meilleure interprétation jamais enregistrée. Le coffret CD illustré des aquarelles de Arthur Rackham est rempli de merveilles qui prolongent avec délice les vagabondages vertacomicorien.
La pensée folâtre et triste est l'humeur,
dans les yeux on rit, dans la gorge on pleure !

Grieg