Brec de Chambeyron voie normale (face Est)
depuis Fouillouse

Brec de Chambeyron voie normale (face Est)
depuis Fouillouse

  • Altitude départ : 1907
  • Altitude sommet : 3389
  • Dénivelé : 1482
  • Temps de montée : 2h+3h
  • Temps de descente : 2h30+1h30
  • Orientation : Est
  • Balisage : Cairns, jusqu'au pied du bastion sommital.
  • Itinéraire :
    • en boucle

Itinéraire

L’ascension du deuxième plus haut sommet de nos Alpes du Sud (après l'Aiguille du même nom) est une aventure sérieuse... et inoubliable ! Elle n’est pas bien longue, mais sa voie normale (en face Est, côté italien) se déroule au début sur un terrain raide souvent très délité qui demande beaucoup d’attention, et dans sa dernière partie dans des rochers impressionnants dont le franchissement parfois délicat nécessite une bonne expérience de l’escalade de base.

De Fouillouse, il faut d’abord se rendre au refuge du Chambeyron (de préférence la veille de l’ascension, même si tout peut théoriquement se faire en une seule journée). Peu après la sortie du hameau, prendre à gauche le bon sentier fléché et balisé vers le refuge. Il monte d’abord en longs lacets, globalement vers le nord, avant de se réorienter vers l’est aux alentours de 2300m. Après un long passage presque horizontal en balcon, il finit par grimper plus raide à gauche vers le refuge (2626m) qu’on n’aperçoit qu’au dernier moment (compter env. 2h pour la montée).

Le lendemain matin (de bonne heure de préférence), s’engager dans le sentier très fréquenté (nord-est) qui mène au Lac des 9 Couleurs et au Col de la Gypière. Il passe sous la Croix Bujon, puis à gauche du Lac Long. Une fois que le sentier a viré vers l’est, le quitter vers 2800m, au niveau du Lac de l’Étoile (qu’on laisse à gauche), et remonter à droite (sud-est) un vaste et raide pierrier (traces). On rejoint ainsi le Col des Terres Jaunes (2974m) où passe la frontière avec l’Italie. Pour la suite de l’itinéraire, bien suivre les cairns. Descendre d’abord brièvement côté italien (blocs, puis terrain délité) en longeant une barre par la gauche, puis remonter et traverser un grand éboulis dans la même direction (suivre la trace). Après avoir évolué en terrain assez chaotique, viser un grand gendarme jaune à 2 pointes, bien détaché, et passer le petit col à sa droite (encordement conseillé à partir de là). Puis monter assez longuement vers la gauche, sur une suite de vires qui remontent la face de droite à gauche, dans les roches et les caillasses (plusieurs ressauts et passages de II).

À la fin du système des vires, bien repérer, pour la descente, la suite de l’itinéraire : remonter un couloir, arriver ensuite à proximité du débouché du grand couloir Bujon (bien fréquenté en conditions hivernales) venant de la droite, où on oblique nettement à gauche. Après une suite de gradins, on arrive "au pied du mur" (ou plutôt du bastion sommital). Là, il faudra franchir les deux passages les plus techniques de l’ascension (du III, équipements en place, encordement obligatoire ici au plus tard) :
- d’abord, au-dessus de vous, une dalle rocheuse inclinée fissurée sur sa gauche, la remonter en profitant au mieux de cette fissure ;
- ensuite, poursuivre la montée dans la même direction (ressaut de gros blocs), jusqu’à une sorte d’étroite et profonde cheminée-couloir (fond souvent en neige voire en glace, même au cœur de l’été, blocs coincés au bout) : s’en s’extraire par le mur de droite, puis tirer au-dessus vers la gauche.

Le plus dur est fait ! On accède ensuite à un couloir raide qu’il faudra encore remonter à son tour (du II) en obliquant vers la gauche pour rejoindre facilement le plateau sommital du Brec. Sur ce vaste plateau incliné vers l'ouest (grande croix, cairn), la vue est grandiose, par exemple sur les sommets tout proches, au premier chef l'imposante Aiguille de Chambeyron avec ses deux pointes juste en face, avec tout en bas le Lac des 9 Couleurs et les sommets du fond du cirque, mais aussi sur d'innombrables "3000" français et italiens (même le Viso, avec un peu de chance…), ou encore sur l’immense chaîne déchiquetée qui s’étire vers le sud, du Brec jusqu’au Massour et au-delà...

Pour la descente, par le même itinéraire, le rappel s’impose : à partir du couloir sous le sommet (équipement en place), on peut se laisser glisser en deux longueurs jusque sous la dalle fissurée (relais au-dessus de la dalle). Puis terminer le travail en redescendant prudemment le parcours plus ou moins délité de la montée (bien repérer les cairns, ne pas sortir de la trace !), et en veillant à ne pas glisser ni faire partir de pierres...

Précautions

Corde de 45 ou 50m, casque, baudrier, mousquetons, anneaux de corde, descendeur. Piolet en début de saison. Etre au moins 2 pour réaliser l'ascension.


Commentaires difficultés

Course rocheuse entre rando alpine, sur terrain souvent délité, et alpinisme peu difficile (PD, plusieurs passages de II et deux passages de III). Matériel d'encordement indispensable pour ces derniers. Descente en rappel sous le sommet.
0.0/5 (0 votes)

Topo créé le :

Barcelonnette > Jausiers puis Les Gleizolles par D900 > Saint-Paul-sur-Ubaye par D902 > D25 jusqu'au carrefour après Grande Sérenne, là prendre à droite jusqu'à Fouillouse. Se garer sur le parking à gauche avant l'entrée dans le village.


Situation




Sortie du 17-08-2002

Le Brec vu de la Fréma

(Compte-rendu rédigé le 12.09.2016)

C’est (presque) comme si c’était hier ! Quatorze ans après, je garde un souvenir ébloui de cette ascension du "Brec" au cœur de l’été 2002.

Ça faisait alors à peine 8 ans que, moi qui n’étais pas sportif pour un sou, je m’étais découvert, petit à petit, lors de "grandes" vacances répétées à Digne (04), une passion très tardive pour la montagne, que m’avaient transmise, insidieusement, un oncle et une tante du cru amoureux de leurs sommets bas-alpins. Après avoir tâté, précautionneusement, des "petits" sommets alentour (le Cousson, la Bigue, le Couard, le Blayeul…), je m’enhardissais un peu plus, toujours tout seul, d’été en été : chaque fois un peu plus loin, un peu plus haut... Il y eut le Cheval Blanc, il y eut la Séolane, superbes sommets, et tant d’autres, puis l’éblouissement de l’Estrop, enfin réussi d’une seule traite (après deux échecs…). Et même, en 1995, le Pelat, mon premier "3000" (cette fois accompagné de mes neveux). Puis, en 1998, la révélation, fabuleuse, des "3000" de la Haute Ubaye ! Je m’en suis aussitôt goinfré sans retenue : 4 ou 5 chaque été, bon poids : Chauvet+Fréma, Rubren, Grand Bérard, Siguret, Pte Basse de Mary, Panestrel, Mortice, etc… Et même une tentative folle (hybris ?) : l’Aiguille de Chambeyron par la voie Coolidge (!!!) – mais j’ai dû me tromper quelque part, et faire demi-tour à une brèche (cairnée…) au-dessus de 3200m (?), avec une incroyable vue plongeante vers l’est, côté italien ; mais la découverte à cette occasion du vallon, du plan et du glacier de Chauvet, perdus dans un paysage lunaire, hérissé de pics, à couper le souffle, restera un des grands moments de ma vie… Et c’est là que je m’étais dit : et pourquoi pas ce fichu Brec de Chambeyron, si superbe, si insolent… et si inaccessible ?

Conscient que je ne pouvais accéder à certains hauts sommets seul et sans formation préalable à l’alpinisme, j’avais alors adhéré au CAF de St-Etienne en 2001 ; j’y ai appris et appliqué les techniques adéquates sur les glaciers et les rochers des différents massifs des Alpes du Nord, découverts avec émerveillement par la même occasion. Mais la Haute Ubaye, c’est loin de St-Etienne ! J’en ai conclu que si je voulais grimper au sommet du Brec, la meilleure solution était d’y aller avec un guide du cru. C’est ainsi qu’après une visite au bureau des guides de Barcelo, je me suis retrouvé le 10 août 2002 au refuge du Chambeyron, à attendre "mon" guide en compagnie d’un autre client, monté pour la même course. Bernard, notre guide, s’est pointé en fin d’après-midi, sympa, on a bien discuté, et on s’est couché. La suite ne fut hélas pas à la hauteur de mes attentes : voir www.bivouak.net/topos/course.php?id_course=3099&id_sortie=5350&id_sport=2 la sortie du 11.8.2002.

Mais comme je suis têtu et que, moi non plus, je n’aime pas rester sur un échec, j’ai remis ça le samedi suivant, avec le même guide (non sans m’être payé Roche Blanche (3114m) entretemps, histoire de ne pas perdre la forme). Et cette fois – le 17 août donc – ce fut la bonne !

Le vendredi 16, je remonte donc au refuge, mais cette fois-ci avec ma femme Sylviane : gros événement, elle qui marche peu d’ordinaire (problème de hanche) a cette fois accepté de m’accompagner, alléchée sans doute par ma description idyllique d’une première et commune nuit en refuge et surtout des 9 couleurs du Lac (comment résister à une telle perspective ?), facile d’accès en plus. On quitte Fouillouse vers 12h30, le temps est idéal, on marche doucement, petit pique-nique en chemin, et nous voici ensemble au refuge, ça mérite une première photo ! Bernard nous rejoint "comme d’hab" (!) en fin d’après-midi, on va dîner ensemble, l’entente est parfaite, et il nous propose même exceptionnellement de passer la nuit dans le mini-dortoir des guides !

Le lendemain, réveil (pour moi, pas pour Sylviane !) à 5h, petit dèj vite fait, et hop départ à 5h45, ça rigole pas. Temps splendide au petit matin (pas comme il y a 8 jours !), je suis soulagé, ça roule. La suite va se passer comme dans un rêve. Je monte sans difficulté dans les pas de Bernard, certes après le Col le terrain est souvent du genre pourri, mais qu’importe, je suis sur mon petit nuage… Après le grand gendarme pointu, je crois, on s’encorde. La montée se poursuit, régulière, assez longue mais jamais monotone, avec plein de petits ressauts faciles pour pimenter la chose. Mon premier grand souvenir c’est la dalle fissurée : moi qui suis toujours fasciné par le rocher, je suis servi. Un régal cette raide remontée le long de la fissure ! Et puis ensuite c’est pas fini, le festival continue. Je me souviens de gros rochers partout, sous nos pieds mais aussi au-dessus de nos têtes. Jusqu’à cette impressionnante cheminée-couloir bien encastrée avec encore de la neige (de dimanche dernier ?!) au fond. Bernard me dit d’attendre là, remonte la cheminée, s’en extrait par la droite, continue à progresser tout là-haut… et disparait à gauche derrière les rochers ! "A toi !". J’ai mis du temps à m’extraire de ce trou (assez athlétique, de mémoire), mais j’ai fini par y arriver et rejoindre mon guide qui s’était bien vaché là-haut. Après encore un peu de grimpette dans le couloir final, enfin, le sommet ! Du Brec ! Je l’ai fait (enfin, nous…), j’y croyais pas, ben si, voilà, j’y suis… (mon 18e "3000", déjà) ! Je regarde ma montre, 8h45, donc 3h pile. Remerciements, photos, petit tour d’horizon (magique), petit mot (Bernard) sur le livre d’or… Reste maintenant à redescendre tout ça !

Et on le redescendra prudemment mais sans traîner. Les rappels passent comme une lettre à la poste, et la suite demande encore de rester bien concentré (gare aux roulements à billes). J’ai appris ce matin-là à toujours désescalader les ressauts en restant face à la pente, sauf si celle-ci était vraiment trop verticale (j’ai bien retenu la leçon jusqu’à aujourd’hui !).

De retour au refuge vers midi, je prends congé de Bernard, il envisage même, sait-on jamais, "un jour" peut-être, la traversée des Aiguilles de Chambeyron (on la fera ensemble 5 ans plus tard, et ce sera pour moi - avec l’intégrale Midi-Plan-Montenvers - la plus belle de toutes mes courses !). Mais au refuge je ne trouve pas Sylviane, à qui j’avais conseillé de faire un petit aller/retour en matinée sur le sentier bien tracé et très fréquenté du Lac des 9 Couleurs. Sachant qu’elle n’a aucune habitude de la randonnée en solitaire, je repars "en arrière" à sa rencontre. Au bout d’une petite heure, en vue du Lac, personne. Un peu inquiet, je retourne au refuge. Toujours personne ! Cette fois mon inquiétude redouble. Se serait-elle perdue vers un des lacs adjacents au sentier ? Je repars à nouveau vers le Lac, pas rassuré du tout. Et voilà-t’y pas qu’au bout d’une demi-heure je la vois venir toute souriante dans ma direction !!! Gros soulagement… mais où étais-tu donc passée ? Eh bien, me dit-elle d’une voix candide, je cherchais le Lac des 9 Couleurs ; des lacs j’en ai croisé plusieurs, donc j’ai continué, et au bout d’un certain temps j’ai fini par demander à quelqu’un où je me trouvais ; et la personne m’a dit : "Mais vous êtes au sommet de la Tête de la Fréma, Madame, le lac que vous cherchez est là tout en bas, vous y êtes forcément passée tout à l’heure !". Eh bé !!! Je ne sais pas lequel de nous deux a réalisé ce jour-là le plus grand exploit – pas sûr que ce soit moi…

Du coup, 3ème (pour moi !) retour au refuge, les gardiens sympas nous servent le repas à 15h30, et lorsqu’on s’apprête à redescendre vers Fouillouse, l’orage menace, puis éclate ! Finalement on décide de passer une seconde nuit au refuge, ça marche pour les gardiens... (il fallait bien ça pour nous remettre de nos émotions et exploits respectifs du jour).

Photos de la sortie

Commentaires

Geoffroy Rémi
21-09-2016 13:08:58

Merci Luc. C’est vrai qu’un petit plongeon dans les grands souvenirs, ça fait parfois plaisir. Mais faut pas en abuser, et savoir revenir vite dans le présent, même s’il est, forcément, moins glorieux (le "grand toboggan" de François Lannes, superbe texte !). Allez, juste encore un petit deuxième (la Dent Parrachée :wink:), et je suis de retour dans les plus modestes, mais tout de même toujours si belles montagnes encore à ma portée !

Luc
20-09-2016 18:50:23

Merci pour ce joli retour au Brec... Comme si c'était hier ! Alalala ... Que la montagne est belle comme dirait l'Autre ;-)



  • Horaire : 2h+3h
  • Dénivelé : 1482 m
  • Participants : Bernard, et Sylviane pour partie...

Identification

( ) bivouak.net

Social Media