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Sortie · Rando / Trail

But à la Barre

Le 12-07-2003 par Michel Pila · Ecrins · Dôme de Neige des Ecrins 4015 m

05:00Durée
2360 mDénivelé
12 kmDistance
R5Cotation
Sud-EstOrientation
4015 mAltitude

Points d'intérêt : © contributeurs OpenStreetMap (ODbL)

Récit

Je suis un peu inquiet pour la Barre, un guide, toujours avare de renseignements, distille des informations au compte-gouttes. C’est difficile, puis facile, c’est selon. A en croire les clients qu’il encadre, le passage de la glace au rocher n’est pas évident. Je ne suis pas du tout rassuré. Finalement je me couche avec la certitude que demain il fera jour.

Effectivement c’est le grand beau, une nouvelle fois nous assistons au départ des 120 candidats au Dôme. Une colonie de petites loupiotes s’égrène devant nous. Ca commence par une descente, je le sais bien, j’y suis venu il y a deux ans avec LN et Jeannot. Nous partons les derniers. La nuit, notre univers est réduit au halo de nos frontales et nous avançons comme des automates. Avant la traversée sous le sérac de la mort, nous chaussons crampons et corde. Loïc passe en tête, le bougre est en forme, il me tire à une cadence soutenue.

Le glacier est particulièrement bouffé cette année. Ca passe bien mais c’est le Gymkhana. Nous arrivons à la Brèche Lori en 3 heures sans trop peiner. La vue est vraiment superbe ! Après une pause de 10 minutes nous allons inspecter le départ de la Barre. Il nous faut redescendre directement sur la brèche. En effet la rimaye est énorme et il faut pour l'atteindre faire une grande traversée sous la face nord avant de pouvoir passer facilement. Certes, mais faut pas tomber car on est à l’aplomb de la petite face nord, le toboggan de la mort. Bref nous voici à pied d’œuvre. Pour 500 cordées sur le Dôme, une seule poursuit vers la Barre.

Effectivement, la glace est vive et la pente impressionnante. Mais le rocher est en excellent état : sec comme un coup de trique. Le passage en glace bien qu’exposé n’en demeure pas moins sécurisé par un piton trois mètres au-dessus à la brèche, finalement c’est pas difficile. Mais voilà, vous connaissez mon peu de confiance en moi, je ne me sens pas, je sais que je vais le regretter amèrement mais je ne me sens pas. Cette voie facile du Dôme, on est toujours démotivé pour la Barre, aujourd’hui ne fait pas exception. J’hésite encore 10 minutes, et puis zut, j’y vais pas. Nous attaquons la descente. Je passe sous la barre en commençant déjà à regretter mon choix, c’est pas possible d’être aussi con, j’ai un compagnon à la hauteur, pas d’horaire à respecter, des conditions de rocher excellentes. Pas un pNt de vent, que me faut-il de plus, bordel. La confiance en soi, voilà bien des années que je n’ai plus fait d’escalade. Ce qui m’emmerde le plus, c’est que ce n’est pas demain la veille que d’aussi bonnes conditions seront réunies.

Bref la descente est juste ponctuée par une monumentale chute de pierres déclenchée par la cordée de la Barre ; cette pluie de bombes s’abat sur deux personnes que nous venons de croiser. Nous par bonheur, nous sommes hors d’atteinte. Les deux lascars se cachent derrière l’hypothétique abri que leur offrent leurs sacs. Ca fuse de tous les côtés et pas des graviers, des caillasses impressionnantes de vitesse. Va-t-on assister à l’accident, que dalle, les deux malheureux se relèvent sans la moindre égratignure. Nous arrivons au col des écrins. Nous pouvons enlever le matos. Loïc me propose la Roche Faurio toute proche, maigre compensation à la frustration de la Barre, non je n’ai pas envie, j’ai plus goût à rien. Je me traîne jusqu’au refuge. On y récupère notre matos et on descend au Glacier Blanc. Loïc choisit de mettre ses sandales. Mauvaise pioche, y a plein de crevasses et ça glisse pas mal. Mais il s’en sort très bien quand même. Au refuge, j’ai toujours autant les boules. Et demain, c’est plus dur que la Barre, je ne vais quand même pas refaire le même plan à Loïc. Je reprends la politique d’hier, demain il fera jour. En attendant, je peaufine la lecture du guide.

Toujours une petite sieste car demain c’est le même horaire, toujours 3 heures du matin, d’ailleurs on sera bon pour les quatre courses à cet horaire abominablement matinal. Nous commençons à nous faire du souci pour nos douces, en effet le cellulaire ne passe pas du tout. Heureusement nous avons sympathisé hier avec un couple de quinquas qui redescendent aujourd’hui et qui nous ont fort aimablement proposé de prévenir nos femmes respectives que tout allait bien. Mais j’aurais préféré leur dire de vive voix. Aussi vais-je demander au gardien s’il existe un endroit où le téléphone passe.

  • Dieu merci non ! me répond-t-il.

  • Tant mieux pour vous, merci du renseignement.

Comment se fait-il qu’un commerçant puisse faire des réponses aussi cons. Je ne lui demande pas sa position sur l’usage du portable en montagne, je lui demande simplement si ça passe. A sa place j’aurais dit : Hélas non, point à la ligne. Ce gardien de refuge nous donnera d’ailleurs bien des raisons de le trouver con, par ses réflexions sans cesse pédagogiques et scolaires. Il nous aura dix fois répété de plier nos couvertures y compris au réveil à 3 heures du mat, putain mais si ça le fait chier de plier les dix couvertures des 5 malotrus qui statistiquement existent parmi les 100 personnes présentes chaque soir, alors qu’il aille faire autre chose que du commerce nom de dieu.

 

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