Dévoluy, l'Incomparable !! -7- 5 mètres = 9 heures

 

 

 

Une belle journée, une magnifique balade, et voilà l’inspiration qui revient…

 

Je vous laisse en lecture quelques lignes qui racontent la trame d’une histoire simple et heureuse, en Dévoluy : « 5 mètres = 9 heures ».

Les amis par lesquels cette journée fut si belle sont Rafaël, bien connu pour les nombreuses arches qu’il nous ramène de partout, PatdeGap qui prolonge cette année le ski de rando au-delà du raisonnable, et Pascal dont chacun a lu les livres de découverte de nos massifs préalpins (entre autres).

 

Ne cherchez pas, dans ce récit, un topo détaillé. Ce n’en est pas le but.

Si vous vouliez quand même comprendre où se passe la balade, les informations principales sont écrites. Mais elles sont loin d’être suffisantes, et c’est exprès. Le plaisir se trouvera alors dans le fait de chercher, et de découvrir !

Par ailleurs, le cheminement en question est quand même très exposé au vide, et aux pierres.

Je ne veux inciter personne à faire ce qu’il ne souhaite pas.

 

Le but de ces lignes est tout simplement de vous faire partager le plaisir à être en montagne. Et tous les niveaux de facilité existent : chacun met la barre où il le souhaite !

 

 

 

 

 

 

5 mètres = 9 heures…

 

 

La randonnée dévoluarde amène parfois à une curieuse équation mathématique, et le lien qui unit l’une à l’autre, comme dans le titre ci-dessus, appelle forcement quelques explications.

 

Lors d’une sortie dans le Dévoluy, faite l’été passé, j’étais arrivé sur un col de la montagne de Faraut. Ce col affiche une altitude de 2240 mètres, mais aucune carte n’en parle : sur cette crête, les reliefs sont trop rapprochés, entre les cols et les pointes, pour arriver à en faire un détail qui soit suffisamment clair. Et du coup, IGN ne précise pas tout.

L’accès à ce col, facile et enchanteur, empruntait le versant ouest, bien à l’ombre aux heures matinales de ce mois de juillet quelque peu caniculaire.

 

Assis sur la caillasse du col, croquant non la pomme mais l’orange, je rêvassais devant le majestueux décor du Champsaur qui s’offrait là tout en bas, et les lointains du massif des Ecrins.

 

Comment l’idée a-t-elle alors germé dans l’esprit ??

En fait, je n’en sais rien.

Cela fait partie des mystères de la connectique interne du cerveau, et probablement aussi de l’inextinguible besoin d’en savoir toujours un petit peu plus sur les choses inconnues…

Je me suis donc demandé si ce raide versant est, très raide même, composé par endroit d’impressionnantes falaises, pouvait se remonter et si, malgré la première sensation d’impossibilité qui émane de lui, un cheminement pourrait exister ici qui permettrait de faire une jonction entre le côté au levant et celui au couchant de cette montagne de Faraut.

Quelle idée ! ! !

Quelle idée saugrenue…

C’est elle, cette idée-là, et elle seule, qui est à la base de cette nouvelle mathématique dans laquelle un 5 se lie à un 9, par le simple effet d’un changement d’unité.

Enfin…

 

Par curiosité, évidemment j’ai commencé à descendre.

Descendre un peu d’abord, précautionneusement ; puis encore parce que ce n’était pas aussi difficile que craint. Et puis un peu plus, finalement, parce que le cheminement se trouvait là, faisable…

Arrivé 70 mètres de dénivelé plus bas, sachant que je n’étais là qu’à titre exploratoire et non parce que je comptais descendre au Glaizil, j’ai stoppé. Sur cette vague terrasse, même pas horizontale, au cœur de rochers ressemblant à des piles de blocs, encore stables pour l’instant, l’ambiance était hallucinante !

 

 

 

Seul, ayant laissé le sac au col et me sentant un peu nu ainsi, je préférais rester assis que debout car cela empêchait le vertige de s’insinuer !

Ayant observé la suite des pentes d’herbes en dessous, elles paraissaient accessibles. Et du coup, la jonction entre un cheminement par le bas et celui que je venais de faire par le haut, semblait possible…

Ne souhaitant pas en savoir plus pour l’instant, profitant de ce moment de chance qui m’était encore laissé d’être entier, je suis vite remonté au col, me mettre à l’abri, et finir un casse-croute laissé au chapitre premier.

 

La connectique interne…

Là est bien le problème !

Elle fonctionne tout le temps, de jour comme de nuit. Et l’image de ces pentes d’herbes, accessibles par le bas, commençait à me hanter. Il n’y avait pas à lutter, car cette lutte-là était perdue d’avance. Restait alors seulement à réunir les informations manquantes, suffisantes pour aller voir, par le bas, comment se passent les choses dans ce versant.

Depuis le Glaizil, en passant par la source de Chauchas, les pentes d’herbe furent atteintes. Elles furent remontées jusqu’à l’endroit où la montagne se redresse en un ultime ressaut. C’est au milieu de ce ressaut que je vois la vague terrasse où s’est suspendue ma descente depuis le col 2240. Il reste maintenant environ 60 mètres de montée à franchir pour que cette jonction visée, et libératrice, soit faite. Mais de ces 60 mètres-là, vraiment raides, le moral, entamé par l’éloignement et par la solitude, ne me permettra d’en franchir que 55…

Une toute petite partie de rocher et d’herbe mélangés, stoppera l’élan. Même en l’étudiant au plus près, même en calculant les mouvements nécessaires pour les franchir, je ne parviens pas à choisir de tenter l’exercice. C’est surtout parce que je sais que la descente serait, si je franchissais ce pas, encore plus compliquée à exécuter.
Alors basta !

Je n’ai pas fait la totalité de cette remontée, à 5 mètres près, seulement, mais ce n’est pas grave : je sais maintenant qu’elle existe, et qu’elle est faisable – par quelqu’un de plus fort bien sûr – et cela me suffit. Je suis assez heureux ainsi, car le jeu de piste qui m’a amené jusqu’ici est déjà largement assez gratifiant pour ne pas vouloir être trop gourmand.

J’en resterai là.

 

 

En tout cas, c’est ce que je croyais, jusqu’à encore mardi dernier !

Et oui.

Ayant eu la bonne idée de parler de cette « chose » à Pascal, et de lui avoir suggéré comment la combiner avec la grande vire du Pierrroux, c’est par lui que l’histoire a pris son épilogue.

Pascal savait comment faire vibrer la corde sensible, et par ailleurs il pensait que Raf et Pat, de bien forts collègues, seraient intéressés à venir aussi.

De mon côté, j’avais noté, avec grand plaisir, une forme et un équilibre physiques en nette amélioration par rapport à l’année dernière. Cela faisait reculer le vertige plus loin dans ses retranchements. Et donc, en additionnant ces différents paramètres, tous positifs, la décision de retourner une fois encore dans les pentes sous le col 2240 fut prise, sans trop de crainte cette fois.

 

Que dire de plus ?

Tout fut simple.

Cela a passé, et même sans difficulté apparente, ce qui est une fausse impression bien sûr, car ce terrain est parmi ceux vraiment austères du massif. Mais quand toutes les bonnes conditions sont réunies, le temps, la forme, les amis, tout est simple.

 

Depuis le col 2240, nous avons rapidement rejoint le départ de la grande vire du Pierroux, et avons fait, ensemble, ce parcours merveilleux, vraiment stupéfiant au milieu de la falaise, et particulièrement impressionnant par le vide qu’il impose tout autour du randonneur.

 

 

Au bout de la vire, quelques manœuvres de corde, plus trois rappels nous ont amenés au bas des falaises. Il ne restait plus qu’à faire marche vers le sud, le long de la muraille calcaire, pour retrouver le sentier emprunté à la montée du matin.

 

C’est là que le chiffre 9 apparu : c’était le nombre des heures qu’il nous avait fallu pour boucler la boucle, 9 heures ! C’était là l’effort qui avait été nécessaire, 9 heures, pour arriver à franchir les petits mètres de pente raide qui m’avaient bloqué, 5 mètres…

 

 

 

 

                                                                                                                        Seyssinet, dimanche 04 juillet 2010

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