Les dessous d'Adèle ou le métier de gardien.

Les dessous d’Adèle . . .

ou le métier de gardien : comment ça marche ?


Le Refuge Adèle Planchard est le plus haut refuge des Ecrins accessible aux promeneurs en baskets. Piolets, crampons, corde et toute la quincaillerie qui va avec vous seront inutiles. Juste vos chaussures de marche et un bon pique-nique dans le sac suffiront.


Vous partirez du pied du col au milieu de la verdure. Mélèzes, marmottes et Romanche vous ouvriront ainsi les bras au lever du jour, et mille quatre cent mètres plus haut vous arriverez dans un monde minéral où aucune âme ne semble vivre.

A 3169m d’altitude, le Refuge Adèle Planchard offre un panorama incroyable sur le plus haut sommet des Ecrins. Tout simplement époustouflant de voir un quatre mille de si près!

Pour apprécier à sa juste valeur ce haut lieu, nous vous invitons à y passer quelques heures. Vivez y un coucher de soleil. Et le lendemain à l’aube, admirez ses rayons qui caresseront les flancs du Dôme. La Barre et son écrin vous donneront alors peut-être l’envie de mettre un peu de quincaillerie dans votre sac un jour prochain…

Là-haut, à 3169 mètres, Sylvie Jacob, la gardienne d’Adèle depuis quatre années, accueille randonneurs et alpinistes. Mais s’agira pas d’oublier que vous vous trouvez sur un petit collet rocheux, isolé, à quelques centaines de mètres du glacier de la Grande Ruine.

Accueil, service, cuisine, ménage, bricolage, tout repose sur ses épaules pour que ces passagers d’une nuit repartent le lendemain reposés vers les cimes...


Sylvie a pris la plume pour vous dévoile les dessous -chics ou chocs- de la vie de gardien. Accrochez-vous…


« Contrairement à une idée reçue, les gardiens de refuge en France ne sont pas propriétaires des bâtiments (CAF, STD, communes, Parcs…) sauf quelques cas exceptionnels. Les propriétaires placent


donc des gardiens sur leurs refuges. Le travail outre l’entretien courant des bâtiments consiste à ‘gérer’ la clientèle et encaisser les nuitées pour le compte du propriétaire. Le revenu propre du gardien est issu directement de la vente des repas et des consommations. Les gardiens ont un statut de commerçant et sont déclarés à la chambre du commerce et d’industrie. Pour les novices, cela implique de cotiser à l’Urssaf, caisse de retraite, sécu et touti quanti…


A partir de là, quelques détails sont à éclaircir…

Approvisonnement.

L’acheminement du matériel et de denrées (gaz, charbon, aliments, etc.) est à la charge du gardien, hors couvertures, matériaux refuge qui eux sont à la charge des proprios. L’essentiel de cet approvisionnement se fait par hélicoptère, ensuite en cours de saison et selon la configuration de la montée, à dos d’âne ou d’homme, éventuellement motorisé. Pour Adèle Planchard, ça se passe en hélico et à dos d’homme…

Sachez que l’hélico se tarifie à la minute pour un montant de 29€TTC. Pour le refuge Adèle Planchard, avec de bonnes conditions météo, comptez huit minutes aller-retour du parking au refuge avec 700kg de chargement, auquel il faut ajouter la venue de l’hélico de sa base à Grenoble au parking du Pied du Col à Villard d’Arêne (soit une vingtaine de minutes). A vous de calculer le coût de la rotation…

Sachez aussi qu’étant :

- dans les parcs nationaux, les rotations hélico ne sont pas autorisées sauf pour les refuges et sont donc réglementées : un héliportage en avril, un en juin et un troisième en juillet.

- certains refuges n’étant pas considérés comme ‘gros’, vu le coût de la rotation, les revenus ne permettraient pas d’en faire plus de toute manière.

De cause à effet les tarifs des consommations par exemple sont calculées en fonction des charges inhérentes au refuge (achat, transport dans la vallée, hélicoptère, charges des gardiens).

Dernier point important, la plupart des gardiens ont un second métier : en aucun cas ils ne pourraient se permettre de vivre uniquement sur le refuge toute l’année.

L’eau.

Observons les alentours du refuge : l’eau que nous allons trouver ici va être du ruissellement dû à la fonte des névés alentours. L’eau est aussi collectée par le toit lorsqu’il y a de la neige ou qu’il pleut. Les quantités en dépendent. La priorité est donc au refuge et non à votre toilette, désolé !

Le stockage de l’eau la rend impropre à la consommation. Il est important de faire la différence entre eau de fonte et eau de source :

- la première est une eau non minéralisée issue directement de la neige. Elle peut provoquer des troubles gastriques et intestinaux.


- la seconde jaillit de la terre, plus saine, plus minéralisée. Elle peut cependant être associée à des problèmes bactériologiques dus à la présence de cadavres d’animaux en amont qui peuvent la contaminer.

Chaque refuge est pourvu d’eau en bouteille pour les personnes fragiles.


Au petit coin…

Pourquoi ne peut-on pas faire ses besoins n’importe où dans la nature ?

A Planchard, l’évacuation est naturelle, dans le pierrier.

Malgré des précipitations abondantes, mais rares selon les années, tombant souvent en neige, soufflée par le vent :le soleil est chaud, l’odeur tenace, il est nécessaire de s’éloigner du refuge, ou du départ des voies rocheuses, et donc, d’utiliser les toilettes prévues à cet effet à quelques mètres du refuge.

Au printemps, la neige est souvent utilisée pour la vaisselle, alors si les alentours sont souillés…



Pourquoi le repas du soir est-il servi si tôt ?

Ou pourquoi la bonne humeur du gardien en prend un coup lorsque vous arrivez après 18h30 ?

Il faut savoir qu’en refuge le manque d’eau et d’électricité conditionne beaucoup de choses : pas de frigo, pas de micro-ondes, pas de lave-vaisselle, et beaucoup de ‘pas’ encore….

Lorsque vous avez fini de manger, vous n’avez plus qu’à penser à vous : lire, dormir, jouer aux cartes, séances photos, contemplation et c’est normal. Les gardiens eux doivent encore : préparer les petits déj, faire chauffer l’eau pour la vaisselle, la faire, la ranger, laver la cuisine. Tout cela prend du temps et les gardiens ne sont jamais couchés avant 22h dans le meilleur des cas.

Le matin lorsque vous dormez du sommeil du juste, les gardiens se lèvent une bonne heure avant tout le monde de façon à ce que le premier petit déjeuner (pour les alpinistes) soit fin prêt dés votre lever.

Réveil des randonneurs : 8 heures environ.

Il faut savoir qu’un refuge n’est pas un hôtel et généralement on n’y fait pas la grasse matinée : les gardiens doivent à un moment avoir fini de ranger tout le refuge, y compris les dortoirs, avant l’arrivée des suivants.

Pourquoi pas de petits déjeuners échelonnés ?

Si le gardien se couche après vous, se lève avant vous, est présent toute la journée, quand pensez-vous qu’il puisse rattraper le retard de sommeil si ce n’est entre le premier et le second réveil durant une toute petite heure?

Les poubelles…

Pourquoi ne peut-on les laisser au refuge en partant ?

  • Ce qui est monté plein peut aisément être redescendu vide.

  • Au regard de la montée, vous comprendrez que le camion poubelle ne monte pas régulièrement ;

  • Effectivement, sur certains massifs (Suisse et Mont Blanc tout particulièrement), les hélicoptères redescendent tout cela.

Les gardiens de leur côté trient soigneusement tous les déchets :

  • alimentaires : compostage, chocard, martre, mulots.

  • papiers/cartons : incinérateur.

  • Aluminium, verre : descente dans la vallée.

Toutes ces infos ne sont pas exhaustives, chaque gardien pourrait sans doute ajouter un peu de sa griffe, mais on risque d’y passer encore plus de temps. Alors on va s’arrêter là en espérant que cela aura permis à tout un chacun d’éclairer un peu sa lanterne.

Sachez que les gardiens ne sont point des ours, malgré le temps passé en montagne, mais bien des humains, souvent passionnés, et que si d’autres questions vous tarabusquent ils se feront un plaisir d’y répondre à condition que ce ne soit pas pendant le coup de bourre de la journée…

En bref, si faire bouillir de l’eau pour des carbonara est d’une facilité déconcertante dans votre cuisine, il n’en sera pas de même là-haut puisqu’il faudra déjà commencer par trouver de l’eau. Puis répondre aux téléphone pour les réservations, passer la serpillière, plier les couvertures… Bref, les conditions de travail dans un refuge, et celles d’Adéle Planchard tout particulièrement, sont à des années lumières de la vie d’en bas. Et vous l’aurez compris, s’agira donc pas d’aller bartasser après vingt et une heure dans la salle à manger…


Mais Sylvie se fera un plaisir de reprendre tout cela avec vous, apportez lui les news du jour et un peu de chocolat !

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