Récit
Très belle randonnée de difficulté soutenue.
L'accès par le sentier des Allières recommandé par Sombardier est effectivement super sympa.
Le parcours dans le ravin en haut des Charances est assez improbable, quoique... il est vrai qu'on en a vu d'autres encore plus improbables dans la région... La face Ouest du Grand Ferrand offre un relief assez surréaliste que l'on ne soupçonne pas en la regardant de loin : un peu comme un autre monde où la solitude du randonneur n'est troublée que par les jets de pierres intempestifs de quelques chamois sournois et les "toc toc" d'alerte d'une colonie de lagopèdes alpins.
Le passage au sommet a été l'occasion d'aller faire un "saut" (au sens figuré uniquement) pour explorer la zone des "arches inter-ferrantes" (marque déposée Sombardier) signalée à l'Automne dernier par la fine équipe des casse-cou du Dévoluy (GLaG, Mazas, Sombardier pour ne pas les nommer). Résumons en une phrase : MERCI, MERCI, mille fois MERCI les gars, ça c'est un "petit crochet" qui vaut vraiment son pesant de cacahuètes.
Ceci étant, la promenade frise tout de même à plusieurs reprises l'adjectif "dantesque" : elle commence d'ailleurs par une "descente aux Enfers" dans un couloir très raide et jonché d'éboulis instables dont on trouve l'amorce en se dirigeant d'abord vers le Petit Ferrand puis à droite dans une pente raide en direction du vallon du Grand Villard.
Dans le couloir, on passe à côté de l'entrée des Enfers : une grotte de dimensions apparemment respectables (déjà connue ?), bien planquée et sans doute assez profonde, dont un boyau semble pénétrer horizontalement sous le plateau sommital, et dont un autre boyau s'enfonce quasi-verticalement dans la roche et exhale un vent glacial. M'étonnerait qu'à moitié si ça ressortait du côté de la Fétoura, tout ça...
Après une descente très délicate, on peut enfin admirer l'invraisemblable gruyère sculpté par Dame Nature comme un défi aux lois de la pesanteur : sentiment d'être brusquement sorti du réel, pourtant encore si proche avec ce sommet si paradoxalement plat, horizontal, confortable, débonnaire, peuplé de randonneurs qui savourent l'exceptionnel panorama, fruit de leurs efforts respectables fournis pour monter les 300 derniers mètres de caillasse, et se reposent tranquillement en se préparant pour la descente, sans même soupçonner qu'à deux pas de là se trouve l'antithèse exacte de ce belvédère trop sage : le baroque, la démesure, le vertige, le déséquilibre précairissime miraculeusement figé par un caprice de la gravité, l'omniprésence oppressante de la Verticalité (avec un grand V), de l'Instabilité (avec un grand I) et de la Raideur (avec un grand R), remplis du vacarme assourdissant de vaisselle cassée produit par les éboulis mouvants qui croulent et s'entrechoquent au moindre mouvement.
Quelques cordes de relais témoignent du passage de quelques prédécesseurs téméraires (qui arrivaient d'en-dessous du côté du Chourum Olympique si j'en crois le topo surréaliste qu'ils ont publié il y a quelques mois).
Pour le retour dans le monde réel, plutôt que de tenter la remontée peu engageante du couloir d'accès, on s'est mis en tête de remonter la langue d'éboulis (très pénible) en direction d'une brèche terreuse (qui apparemment pourrait bien être la brèche entre le Grand et le Petit Ferrand). De là, on arrive dans un "terrain de jeu" en face Ouest, très vertigineux et pas toujours confortable, mais pourtant tellement moins pesant que la nasse dont on vient de s'extirper que c'est presque avec facilité voire une certaine légèreté que l'on se joue des quelques gradins et de l'abime insondable qui les borde pour reprendre pied sur la molle croupe sommitale.
Que dire de la suite après une telle aventure... des plus banales : descente sur la Jarjatte via la Tête du Vallon Pierra (point de vue toujours aussi imprenable pour contempler le Ferrand) puis la Tête du Lauzon, le col de Charnier, la cuvette du Lauzon (et ses marmottes toujours aussi peu farouches), le Col des Aurias, une balafre à travers les prés de Ferrand, on retrouve (enfin) la fraîcheur du sous-bois dans la sympathique descente sous le Col de la Croix, déjà parée pour la transhumance, et, pour finir, un bon Coca glacé siroté à la nouvelle buvette opportunément ouverte depuis quelques années aux Granges-des-Forêts.

rando Ferrand