Récit
Ne sachant pas trop où aller ce matin, compte-tenu des récentes chutes de neige tombées à l'horizontale ces derniers jours ce sera une sortie forestière. Déjà de nombreux randonneurs s’égaient dans la neige depuis les différents parkings qui jalonnent la route du Col de Porte.
Étrangement, à l'embranchement sous les Cottaves il n'y a pas grand monde. Plutôt que de suivre la trace qui part à gauche, j'opte pour une variante qui devrait me permettre de retrouver l'autoroute du charmant som. Effectivement je retrouve une trace que je suis docilement, c'est tellement plus facile dans cette petite tranchée. La montagne est silencieuse sous les lourds paquets de neige fraiche, rien ne filtre que le crissement des planches dans la poudre blanche. Parfois un oiseau volette entre deux branches de sapins. Cette solitude inattendue n'est pas pour me déplaire.
A la selle de Maubouchet, je rattrape une paire de skieurs qui renoncent à monter plus haut. Plus loin encore on aperçoit la locomotive de tête. C'est que les quantités de neige commencent à être conséquentes, plus que le volume c'est la consistance de la neige qui m'inquiète, une espèce de lessive friable sans aucune tenue. A la sortie de la forêt je rejoints le groupe de tête en plein questionnement. Qu'ils ne comptent pas sur moi pour les rassurer a) je ne suis pas à la trace pour correctement évaluer les risques b) je ne saurais interférer sur leurs appréciations nivologiques. Finalement ils préfèrent renoncer... De toutes manières on n'est jamais assez prudent.
A mon tour d'être à la peine et surtout à mon tour de prendre toute la mesure des conditions afin de prendre la décision qu'il convient... Ca pue un peu, la neige est effectivement délicate, il y a beaucoup d'accumulations et surtout sa consistance, quoi que stable, est trop friable. Cependant, il me semble raisonnable de poursuivre la progression par de nombreuses conversions dans la pente en prenant soin de rester dans les arbres maintenant clairsemés. J'ai hâte que la pente se calme, mais la trace est vraiment un travail de forçat. En préparant une conversion près d'un arbre, je tombe nez à nez avec un chamois ! Il est un peu hagard et semble autant surpris que moi, il est là à deux mètres, rencontre inattendue qui donne une saveur particulière à l'endroit, il disparaît en se trainant sur le ventre tant la neige est profonde. Mon appareil est toujours au fond du sac dans ces moments extraordinaires et privilégiés...
Plus haut la pente se radoucie et la neige prend une consistance plus rassurante. J'en finis donc avec le sommet. Personne d'autre là-haut que le vent qui souffle brutalement de manière discontinue, je doit être sous le vent du sommet, inutile donc de rejoindre la fameuse croix et profitons des belles accalmies pour se préparer à la descente. On pourrait qualifier la descente de fabuleuse, de part la qualité de la neige, et surtout par l’absence totale de traces, puisque la combe que je vais emprunter n'est pas celle utilisée pour la trace de montée (du moins dans la partie forestière). Un Charmant Som depuis les Cottaves sans une seule trace est un luxe peu commun, la neige est parfaite et les arbres suffisamment espacés pour ne pas être une gène. 36 minutes de pur bonheur, c'est peu mais quand le plaisir est d'une telle intensité, le temps n'a plus d'importance.
Une neige évidemment ***** de haut en bas
