Découvrir un sentier est un petit plaisir savoureux.
Il y a bien longtemps, l'objectif habituel était de rallier le sommet du pic de l'Oeilly depuis Vizille mais par le flanc ouest. Aujourd'hui, le but fixé est plutôt le petit décollage aperçu jadis à la descente... tant pis pour le sommet. Pour simplifier la balade, partir du bout extrème de Belledonne est plus commode avec un parapente puisque l'attéro n'en est pas trop éloigné. Le cheminement est fort plaisant sur la longue épaule sud. D'abord la traversée du petit hameau perdu des Rivoirands et puis un vieux sentier tout empierré qui serpente à flanc de montagne. Évidemment ce genre d'itinéraire n'est pas très couru du fait de l'absence d'un sommet sinon prestigieux du moins bien individualisé et c'est tant mieux. Pourtant il est bien agréable de se promener dans les vestiges d'une nature autrement plus humanisée au siècle dernier. Ici les restes d'une grange, là un vieux parc à moutons, plus loin la carcasse délabré d'une traction Citroën. Le vacarme de la nationale s'estompe rapidement, remplacé avantageusement par le pépiement des oiseaux. À 8h21 le soleil fait son apparition par dessus l'imposant Taillefer.
Encore une fois je profite de la dualité complémentaire de cette activité qu'est le vol-rando : le plaisir de la marche et le vol en guise de cerise sur le gâteau.... Bien sûr le suspens sera constant jusqu'au décollage proprement dit. En effet la petite brise de Sud attendue fait défaut, c'est un très léger courant de nord qui se fait sentir au hameau de Mont-Sec, c'est pas gagné pour le décollage ! C'est sans compter sur le doux rayonnement solaire, on a beau n'être que début mars, la brise thermique devrait bien prendre le dessus sur le vent du nord. Alors tranquillement, il faut terminer la randonnée par le grand dôme de la petite chapelle Sainte Madeleine, l'air est calme, la solitude totale, c'est bien simple je n'ai pas vu âme qui vive !
L'aire de décollage est meilleur que dans mon souvenir, certes quelques buissons poussent lentement sur cette belle prairie peu raide, des restes de flammes attestent une pratique récurrente du parapente ici. Je me prépare donc face aux lacs de Laffrey. La douce brise est maintenant parfaitement orientée alors que je suis fin prêt, une impulsion, une petite course volontaire sur cette pente d'herbes sèches pas assez raide et hop, un petit saut par dessus une cassure bien prononcée. Bon il est encore bien tôt alors il ne faut pas trop compter sur les ascendances, il s'agit déjà de repérer la ligne électrique dont l'un des immenses pylônes dénature un peu le paysage, ensuite je me polarise sur le gigantesque éboulement latent, impressionnant de le voir par dessus, on imagine distinctement l'énorme masse de montagne qui se désolidarise du reste... À n'en pas douter, ça va tomber un jour!
Attero tranquille sur le terrain officiel des sites d'en face et dans l'agitation frénétique du chassé-croisé des vacanciers. La nationale est totalement bouchonnée ce n'est pas compliqué, j'avance plus vite sur le bord de route que les vacanciers picards qui ne sont pas encore rendus chez eux. J'ai du mal à comprendre cette manie qu'ont les gens à tous s'agglutiner aux mêmes endroits... Je dois être un ermite qui s'ignore...
Des photos un autre jour par Philippe
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